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Conseils

PER en 2026 : faut-il ouvrir un plan d'épargne retraite ?

Le PER individuel offre un avantage fiscal à l'entrée mais impose la fiscalité à la sortie. Analyse objective selon votre TMI et votre horizon retraite.

9 min de lectureMis à jour le 25 mars 2026

Sur cette page

Introduction

Le Plan d'Épargne Retraite (PER) a été créé par la loi PACTE du 22 mai 2019 (articles L224-1 et suivants du Code monétaire et financier) pour remplacer l'ensemble des anciens produits d'épargne retraite : PERP, contrat Madelin, PERCO et article 83. L'objectif affiché par le législateur était simple : unifier les dispositifs, améliorer la lisibilité et offrir une sortie en capital là où seule la rente était possible.

Sept ans après son lancement, près de 4 millions de Français détiennent un PER individuel, et environ 12 millions si on intègre les PER collectifs et obligatoires (données 2024-2025, DG Trésor). Mais son succès commercial ne signifie pas qu'il convient à tout le monde. Le PER repose sur un mécanisme de report d'imposition : vous déduisez vos versements de votre revenu imposable aujourd'hui, mais vous serez fiscalisé à la sortie. Ce n'est donc pas un cadeau fiscal, c'est un pari sur votre taux marginal d'imposition futur.

Ce guide analyse le fonctionnement du PER, ses avantages réels, ses limites et les situations dans lesquelles il est objectivement rentable.

Comment fonctionne le PER

Le PER se décline en trois compartiments, chacun correspondant à un mode d'alimentation distinct.

Compartiment 1 : le PER individuel (PERIN)

C'est le compartiment le plus connu. Tout particulier peut ouvrir un PER individuel auprès d'un assureur ou d'un gestionnaire d'actifs et y effectuer des versements volontaires. Ces versements sont, au choix du souscripteur, déductibles ou non déductibles du revenu imposable. Le choix de la déductibilité conditionne la fiscalité à la sortie.

Compartiment 2 : le PER d'entreprise collectif (PERECO)

Il remplace l'ancien PERCO. Alimenté par l'épargne salariale (intéressement, participation, abondement de l'employeur), il bénéficie d'une fiscalité spécifique à l'entrée et à la sortie. Les sommes issues de l'épargne salariale ne sont pas soumises à l'impôt sur le revenu à l'entrée (dans certaines limites).

Compartiment 3 : le PER d'entreprise obligatoire (PERO)

Il remplace l'ancien article 83. Les cotisations obligatoires versées par l'employeur et le salarié alimentent ce compartiment. La sortie se fait obligatoirement en rente viagère pour les droits issus de cotisations obligatoires.

L'avantage fiscal à l'entrée

L'atout principal du PER individuel réside dans la déduction fiscale des versements volontaires. Concrètement, les sommes versées sur le PER sont retranchées de votre revenu net global imposable, dans la limite d'un plafond annuel.

Le plafond de déduction

Le plafond de déduction est le plus élevé des deux montants suivants :

  • 10 % des revenus professionnels nets de l'année N-1, dans la limite de 8 fois le PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale). Soit un plafond maximal de 37 680 euros pour les versements 2026 (sur la base du PASS 2025 à 47 100 euros).
  • 10 % du PASS de l'année N-1, soit 4 710 euros. C'est le plancher garanti, même sans revenu professionnel.

Le plafond non utilisé est reportable : 3 années pour les plafonds 2022 à 2025, 5 années à partir des plafonds générés au titre de 2026 (allongement introduit par la loi de finances pour 2026). Vous pouvez consulter votre plafond disponible sur votre dernier avis d'imposition, rubrique "Plafond Épargne Retraite".

Ce qui change en 2026

La loi de finances pour 2026 introduit deux changements majeurs :

  • Suppression de la déductibilité des versements après 70 ans (à compter du 1er janvier 2026). Cette limite d'âge concerne le PER individuel, le PER collectif et le PER obligatoire. L'épargne salariale (intéressement, participation, abondement) versée sur PER après 70 ans n'est plus non plus exonérée d'impôt sur le revenu.
  • Report des plafonds non utilisés allongé de 3 à 5 ans (à partir des plafonds 2026).

Ces deux évolutions resserrent la fenêtre d'optimisation PER en fin de vie active et renforcent l'intérêt d'un effort de versement structuré entre 55 et 70 ans.

L'économie d'impôt concrète

L'économie dépend directement de votre tranche marginale d'imposition (TMI). Pour un versement de 10 000 euros :

  • TMI à 11 % : économie de 1 100 euros
  • TMI à 30 % : économie de 3 000 euros
  • TMI à 41 % : économie de 4 100 euros
  • TMI à 45 % : économie de 4 500 euros

Plus votre TMI est élevée, plus l'avantage fiscal à l'entrée est important. C'est pourquoi le PER est souvent présenté comme un produit destiné aux contribuables fortement imposés.

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La fiscalité à la sortie

Le PER n'offre pas d'exonération : il reporte l'imposition. À la retraite, le traitement fiscal dépend du mode de sortie choisi et de l'option retenue à l'entrée (versements déduits ou non déduits).

Sortie en capital (versements déduits à l'entrée)

  • Sur la part correspondant aux versements : imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu (IR), sans abattement de 10 %.
  • Sur la part correspondant aux gains (plus-values) : imposition de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026).

Sortie en rente viagère (versements déduits à l'entrée)

La rente est soumise à l'IR au barème progressif, après application de l'abattement de 10 % applicable aux pensions de retraite. Les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent sur une fraction de la rente qui dépend de l'âge du bénéficiaire au moment de la mise en service de la rente.

Sortie si versements non déduits à l'entrée

Si vous avez choisi de ne pas déduire vos versements (option possible mais rare), la part en capital correspondant aux versements est exonérée d'IR. Seuls les gains sont soumis à l'imposition de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux).

Quand le PER est rentable

Le PER est un outil de report d'imposition. Sa rentabilité dépend de l'écart entre votre TMI au moment du versement et votre TMI au moment de la sortie.

Cas favorable : TMI élevée à l'entrée, TMI basse à la sortie

C'est le scénario idéal. Un cadre supérieur imposé à 41 % en activité et qui retombe à 30 % (voire 11 %) à la retraite réalise un gain net. Il déduit à 41 % et sera imposé à un taux inférieur. Le différentiel de TMI constitue le gain réel du PER.

Cas neutre : TMI identique à l'entrée et à la sortie

Si votre TMI ne baisse pas à la retraite, le PER n'offre aucun gain fiscal. Vous avez simplement reporté l'impôt dans le temps, ce qui revient à un prêt à taux zéro consenti par l'État. Le seul avantage est alors la capitalisation sans frottement fiscal pendant la phase d'épargne.

Cas défavorable : TMI basse à l'entrée, TMI haute à la sortie

Si vous êtes à 11 % aujourd'hui et que vous sortez en capital une somme importante qui vous fait passer à 30 %, vous avez perdu de l'argent par rapport à un placement classique. Ce scénario concerne notamment les retraités qui sortent en capital tout d'un coup et se retrouvent temporairement dans une tranche supérieure.

PER vs assurance-vie

L'assurance-vie reste le placement préféré des Français, et la comparaison avec le PER est incontournable.

Liquidité

L'assurance-vie est disponible à tout moment (après 8 ans pour la fiscalité optimale). Le PER est bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé limitatifs listés à l'article L224-4 du Code monétaire et financier : décès du conjoint/partenaire de PACS, invalidité (2e ou 3e catégorie) du titulaire ou de ses proches, surendettement, expiration des droits au chômage, cessation d'activité non salariée suite à liquidation judiciaire, acquisition de la résidence principale (ce dernier cas ne s'applique pas au compartiment PER obligatoire issu de versements obligatoires).

Fiscalité en cours de vie

L'assurance-vie subit les prélèvements sociaux annuels sur le fonds en euros (17,2 %). Le PER capitalise sans frottement fiscal tant que les sommes restent investies.

Succession

L'assurance-vie bénéficie d'un cadre successoral très favorable : abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans (article 990 I CGI) ; au-delà de 70 ans, l'abattement tombe à 30 500 euros global tous bénéficiaires confondus (article 757 B CGI), et seules les primes versées sont soumises aux droits de succession (les gains restent exonérés). Le PER offre un cadre successoral similaire si le contrat est sous forme assurance, mais avec des conditions plus restrictives selon l'âge au décès.

Verdict

L'assurance-vie convient mieux aux épargnants qui veulent garder la main sur leur épargne et qui n'ont pas une TMI élevée. Le PER est plus pertinent pour les contribuables à TMI de 41 % ou 45 % qui cherchent une optimisation fiscale à horizon retraite. Les deux produits sont complémentaires, pas concurrents.

Conclusion : pour qui le PER a-t-il du sens

Le PER individuel est un outil puissant mais ciblé. Il est objectivement intéressant pour les contribuables dont la TMI actuelle est significativement supérieure à leur TMI projetée à la retraite, en particulier les TMI à 41 % et 45 %. Pour les TMI à 30 %, l'intérêt existe mais reste conditionnel : il faut être certain que votre TMI baissera à la retraite.

Pour les contribuables à 11 % ou non imposables, le PER est rarement pertinent. L'immobilisation de l'épargne jusqu'à la retraite pèse lourd face à un avantage fiscal minime ou nul.

Avant d'ouvrir un PER, trois questions sont essentielles : quel est votre TMI actuel ? Quel sera votre TMI à la retraite ? Avez-vous déjà saturé votre assurance-vie ?

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