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Retraite en France : guide complet 2026

Le système de retraite français repose sur le principe de répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités. Ce modèle, issu des ordonnances de 1945, concerne plus de 17 millions de retraités et représente près de 14 % du PIB français. Ce guide détaille le fonctionnement des régimes, les conditions de départ, le calcul de la pension et les démarches à entreprendre pour préparer sereinement sa retraite.

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Les trois niveaux du système de retraite français

La retraite en France s'organise en trois étages superposés, chacun répondant à une logique différente. La quasi-totalité des actifs cotisent aux deux premiers niveaux. Le troisième est facultatif et relève de l'épargne individuelle.

1. La retraite de base

La retraite de base est gérée par des caisses différentes selon le statut professionnel. Les salariés du privé dépendent de la CNAV (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse), également appelée l'Assurance retraite. Les salariés agricoles et les exploitants agricoles sont affiliés à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). Les fonctionnaires d'État relèvent du SRE (Service des Retraites de l'État), et les agents territoriaux et hospitaliers de la CNRACL. Les indépendants, les professions libérales et les auto-entrepreneurs cotisent à des caisses spécifiques (SSI, CIPAV, CNAVPL et ses 10 sections professionnelles).

Quel que soit le régime, la retraite de base fonctionne en trimestres. Chaque année, un assuré peut valider jusqu'à 4 trimestres. Le nombre de trimestres requis pour obtenir le taux plein dépend de l'année de naissance (voir le tableau ci-dessous). Pour valider un trimestre au régime général, il faut avoir perçu un revenu brut égal à 150 SMIC horaire (soit 1 803 EUR en 2026).

2. La retraite complémentaire

La retraite complémentaire est obligatoire et vient s'ajouter à la retraite de base. Pour les salariés du privé, c'est le régime Agirc-Arrco qui s'applique. Ce régime fonctionne en points : les cotisations versées chaque année sont converties en points de retraite selon une valeur d'achat du point fixée annuellement.

Les agents contractuels de la fonction publique cotisent à l'IRCANTEC. Les fonctionnaires titulaires bénéficient de la RAFP (Retraite Additionnelle de la Fonction Publique). Les professions libérales ont leurs propres caisses complémentaires (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux, CAVP pour les pharmaciens, etc.).

La retraite complémentaire représente en moyenne 30 à 60 % de la pension totale d'un salarié du privé. Son montant dépend directement du nombre de points accumulés au cours de la carrière et de la valeur de service du point au moment du départ.

3. L'épargne retraite individuelle (PER)

Le Plan d'Épargne Retraite (PER), créé par la loi PACTE de 2019, est le troisième étage de la retraite. Il est facultatif. Les versements sont déductibles du revenu imposable (dans la limite du plafond fiscal). À la retraite, l'épargne peut être récupérée en capital, en rente viagère, ou en combinaison des deux. Le PER remplace les anciens dispositifs (PERP, Madelin, PERCO, article 83). C'est un outil de complément, pas un substitut aux régimes obligatoires.

À quel âge peut-on partir à la retraite ?

La réforme des retraites de 2023 a relevé progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Ce relèvement s'applique de manière progressive selon l'année de naissance. La suspension partielle du calendrier, annoncée le 14 octobre 2025 et votée le 16 décembre 2025 dans la LFSS 2026, a décalé ce calendrier d'une génération pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 ; ses décrets d'application ont été publiés le 8 mai 2026.

Âge légal de départ

L'âge légal est l'âge minimum auquel vous pouvez demander votre retraite de base. Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026, il est de 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969. Pour les générations 1961 à 1968, un calendrier de relèvement progressif s'applique par tranches de 3 mois. Atteindre l'âge légal ne signifie pas forcément partir au taux plein : si vous n'avez pas cotisé le nombre de trimestres requis, une décote sera appliquée à votre pension.

Âge du taux plein automatique

À 67 ans, le taux plein est accordé automatiquement, quel que soit le nombre de trimestres validés. C'est un filet de sécurité pour les personnes ayant eu des carrières incomplètes ou discontinues. La pension sera toutefois proratisée si la durée d'assurance est inférieure à la durée requise : le taux sera de 50 % (taux plein), mais le coefficient de proratisation réduira le montant final.

Départs anticipés

Plusieurs dispositifs permettent de partir avant l'âge légal :

  • Carrière longue : départ possible dès 58, 60 ou 62 ans selon l'âge de début d'activité (avant 16, 18 ou 20 ans) et le nombre de trimestres cotisés.
  • Handicap: départ dès 55 ans pour les assurés justifiant d'un taux d'incapacité permanente d'au moins 50 % pendant une durée minimale.
  • Inaptitude au travail: départ à 62 ans au taux plein, sans condition de durée d'assurance, sur avis du médecin-conseil de la caisse.
  • Pénibilité (C2P): les points accumulés sur le Compte Professionnel de Prévention peuvent être convertis en trimestres supplémentaires, permettant un départ jusqu'à 2 ans plus tôt.

Comment est calculée la pension de retraite ?

Formule de la retraite de base CNAV

La pension de base du régime général est calculée selon la formule suivante :

Pension annuelle = SAM x Taux x (Durée d'assurance / Durée requise)
  • SAM(Salaire Annuel Moyen) : moyenne des 25 meilleures années de salaire, revalorisées selon les coefficients CNAV. Pour les fonctionnaires, c'est le traitement indiciaire des 6 derniers mois qui est retenu.
  • Taux: 50 % au taux plein. Il est réduit de 0,625 % (soit 2,5 % par an) pour chaque trimestre manquant (décote), dans la limite de 20 trimestres (soit un taux minimum de 37,5 %).
  • Durée d'assurance : le nombre de trimestres validés au régime général (plafonné à la durée requise).
  • Durée requise: le nombre de trimestres nécessaires pour le taux plein selon votre génération (voir le tableau ci-dessous).

Retraite complémentaire en points

La pension complémentaire Agirc-Arrco se calcule ainsi :

Pension annuelle = Nombre de points x Valeur de service du point

En 2026, la valeur de service du point Agirc-Arrco est de 1,4386 EUR. Chaque année de cotisation génère un certain nombre de points en fonction du salaire et du taux de cotisation. Le nombre total de points, accumulé tout au long de la carrière, détermine le montant de la pension complémentaire.

Décote et surcote

La décote est une minoration définitive appliquée lorsque l'assuré part avant d'avoir cotisé le nombre de trimestres requis. Elle s'applique à la retraite de base (réduction du taux) et à la retraite complémentaire (coefficient d'anticipation). Chaque trimestre manquant réduit le taux de 0,625 %, soit 2,5 % par an. Le nombre maximum de trimestres de décote est de 20 (soit 5 ans).

À l'inverse, la surcote est une majoration de 1,25 % par trimestre supplémentaire cotisé au-delà de l'âge légal et du nombre de trimestres requis. Elle s'applique uniquement à la retraite de base. Travailler un an de plus après le taux plein augmente la pension de base de 5 %. La surcote est cumulable sans limite.

Combien de trimestres faut-il pour une retraite à taux plein ?

Le nombre de trimestres requis dépend de votre année de naissance. La réforme de 2023 a accéléré le relèvement vers 172 trimestres (43 ans) ; après la suspension LFSS 2026, ce seuil s'applique à partir de la génération 1966 pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.

GénérationTrimestres requis
1960167 (41 ans et 9 mois)
1961 (janv.-août)168 (42 ans)
1961 (sept.-déc.)169 (42 ans et 3 mois)
1962169 (42 ans et 3 mois)
1963170 (42 ans et 6 mois)
1964170 (42 ans et 6 mois)
1965 (janv.-mars)170 (42 ans et 6 mois)
1965 (avril-déc.)171 (42 ans et 9 mois)
1966 et après172 (43 ans)

Tous régimes confondus

Le nombre de trimestres requis s'apprécie tous régimes confondus. Si vous avez cotisé au régime général, à la MSA et à la fonction publique au cours de votre carrière, les trimestres de chaque régime s'additionnent. En revanche, on ne peut pas valider plus de 4 trimestres par année civile, tous régimes confondus.

Quel est le montant moyen d'une retraite en France ?

Selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), la pension moyenne brute s'élève à environ 1 705 EUR par mois, tous régimes confondus (base + complémentaire), pour les retraités résidant en France.

Ce chiffre masque d'importantes disparités :

  • Hommes / femmes: la pension moyenne des femmes est inférieure d'environ 40 % à celle des hommes, en raison de carrières plus courtes et de salaires moyens plus bas. Les droits dérivés (réversion) réduisent cet écart à environ 28 %.
  • Public / privé: les fonctionnaires perçoivent en moyenne une pension légèrement plus élevée, mais cette différence reflète principalement un niveau de qualification moyen plus élevé et des carrières plus longues.
  • Polypensionnés: les assurés ayant cotisé à plusieurs régimes (privé + public, salarié + indépendant) ont souvent des pensions fragmentées dont le total peut être inférieur à celui d'une carrière mono-régime équivalente.

Le minimum contributif (MICO) garantit un montant plancher aux assurés ayant cotisé sur de faibles revenus mais ayant validé la durée requise. En 2026, le MICO majoré (pour une carrière complète) est d'environ 904 EUR par mois. Pour les polypensionnés, le MICO est proratisé selon la part de chaque régime (art. L351-10 du Code de la sécurité sociale).

Comment préparer sa retraite ?

La préparation de la retraite ne commence pas à 60 ans. Idéalement, elle débute dès 45-50 ans, lorsque les erreurs de carrière sont encore réparables et que les options d'optimisation (rachat de trimestres, surcote, retraite progressive) peuvent être évaluées sereinement.

Vérifier son relevé de carrière

Le relevé individuel de situation (RIS), disponible sur info-retraite.fr, récapitule l'ensemble des droits acquis auprès de chaque caisse. Il est envoyé automatiquement tous les 5 ans à partir de 35 ans, et consultable à tout moment en ligne. Vérifiez chaque ligne : les erreurs sont fréquentes (périodes de chômage non reportées, service militaire oublié, trimestres de stages manquants, années d'études non valorisées).

Corriger les erreurs

En cas d'anomalie, adressez une demande de rectification à la caisse concernée, accompagnée des justificatifs (bulletins de salaire, attestations Pôle emploi, livret militaire). Le délai de rectification est généralement de 3 à 6 mois. Plus vous agissez tôt, plus il est facile de retrouver les pièces justificatives.

Évaluer les options d'optimisation

Plusieurs leviers existent pour améliorer sa pension ou avancer sa date de départ :

  • Rachat de trimestres : possible pour les années d'études supérieures ou les années incomplètes (moins de 4 trimestres validés). Le coût dépend de l'âge au moment du rachat et du revenu. Plus on rachète tôt, moins c'est cher.
  • Retraite progressive: à partir de 62 ans, il est possible de réduire son temps de travail (entre 40 % et 80 % d'un temps plein) tout en percevant une fraction de sa pension. Les cotisations versées pendant cette période continuent d'améliorer les droits définitifs.
  • Surcote : travailler au-delà de l'âge légal avec le nombre de trimestres requis augmente la pension de base de 1,25 % par trimestre (5 % par an). Pour un salaire élevé, la surcote peut représenter plusieurs centaines d'euros de pension supplémentaire par mois.
  • Cumul emploi-retraite: depuis 2023, le cumul intégral permet de retravailler après la liquidation tout en acquérant de nouveaux droits à la retraite (2e liquidation possible).

Questions fréquentes

Quel est l'âge légal de départ à la retraite en 2026 ?

L'âge légal de départ dépend de votre année de naissance. Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 (suspension LFSS 2026), il est de 62 ans et 3 mois pour la génération 1961 (sept.-déc.), 62 ans et 6 mois pour 1962, 62 ans et 9 mois pour 1963 et 1964, puis progresse par paliers jusqu'à 64 ans à partir de la génération 1969. Cette suspension partielle de la réforme de 2023, annoncée le 14 octobre 2025 et votée le 16 décembre 2025, a décalé le calendrier d'une génération ; ses décrets d'application ont été publiés le 8 mai 2026.

Comment connaître le nombre de trimestres validés ?

Connectez-vous à votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr (pour le régime général) ou sur info-retraite.fr (relevé inter-régimes). Vous y trouverez votre relevé de carrière (RIS) qui récapitule l'ensemble des trimestres validés auprès de chaque caisse. Vous pouvez également faire analyser ce relevé gratuitement par l'audit Carriva pour détecter les éventuelles anomalies.

Peut-on partir à la retraite avant 64 ans ?

Oui, dans plusieurs cas : carrière longue (début d'activité avant 16, 18 ou 20 ans), handicap (taux d'incapacité permanente d'au moins 50 %), inaptitude au travail, exposition à l'amiante, ou compte professionnel de prévention (C2P). Chaque dispositif a ses propres conditions de durée de cotisation et d'âge minimum. La retraite progressive permet également de réduire son activité dès 62 ans tout en commençant à percevoir une fraction de sa pension.

Comment est calculée la retraite complémentaire ?

La retraite complémentaire Agirc-Arrco est calculée en points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points selon la valeur d'achat du point. Au moment du départ, le nombre total de points accumulés est multiplié par la valeur de service du point (1,4386 EUR en 2026). Un coefficient de minoration temporaire (malus de 10 % pendant 3 ans) peut s'appliquer si vous partez dès l'âge du taux plein sans avoir un an de cotisation supplémentaire. L'IRCANTEC fonctionne également en points, mais avec des valeurs différentes.

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