Retraite artisan-commerçant 2026 : guide
Les artisans et commerçants cotisent au régime général (ex-RSI) depuis 2020, avec une complémentaire RCI à points. Comprendre ce régime aligné est essentiel pour éviter les erreurs sur votre relevé.

Sur cette page
- Artisan ou commerçant : une retraite qui a changé trois fois de caisse
- Le SSI et la complémentaire RCI : deux étages pour une même retraite
- Partir à la retraite quand on est indépendant : les règles d'âge en 2026
- Comment est calculée la pension d'un artisan ou commerçant
- Les cinq erreurs de relevé les plus courantes chez les indépendants
- Questions fréquentes
- Artisans et commerçants : faites contrôler votre relevé avant de liquider
Artisan ou commerçant : une retraite qui a changé trois fois de caisse
Si vous exercez une activité artisanale ou commerciale en France, votre retraite a connu un parcours administratif singulier. Avant 2006, vous releviez de l'AVA (Assurance Vieillesse des Artisans) ou de l'ORGANIC (Organisation Autonome Nationale de l'Industrie et du Commerce). Entre 2006 et 2019, c'était le RSI (Régime Social des Indépendants), une caisse marquée par des dysfonctionnements largement documentés : erreurs d'appels de cotisations, retards de liquidation, pertes de dossiers.
Depuis le 1er janvier 2020, vos droits sont gérés par la CNAV, dans le cadre du régime général de la Sécurité sociale. Ce rattachement a simplifié certaines démarches, mais il ne règle pas les anomalies héritées des régimes précédents. Les artisans et commerçants conservent par ailleurs des spécificités importantes : une complémentaire propre (la RCI), des cotisations assises sur le revenu professionnel, et un historique de carrière souvent fragmenté entre plusieurs organismes.
Ce guide détaille les règles qui s'appliquent à votre situation en 2026.
Le SSI et la complémentaire RCI : deux étages pour une même retraite
Le régime de base au sein de la CNAV
Depuis la dissolution du RSI, les artisans et commerçants sont affiliés à la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV), exactement comme les salariés du privé. Le calcul de la pension de base suit donc les mêmes règles : salaire annuel moyen des 25 meilleures années, taux plein à 50 %, et durée d'assurance requise selon votre année de naissance.
Les cotisations sont assises sur le revenu professionnel net. La cotisation vieillesse de base est de 17,87 % dans la limite du PASS (48 060 € en 2026), à laquelle s'ajoute la cotisation complémentaire RCI de 7 % sur la même tranche (et 8 % entre 1 et 4 PASS). Le taux retraite total (base + complémentaire) approche donc 24,87 % sous le PASS. Une cotisation minimale existe : même si votre revenu est nul ou très faible, vous devez verser un minimum qui vous permet de valider au moins trois trimestres par an. En pratique, pour la seule cotisation vieillesse de base, cette cotisation minimale représente environ 980 à 1 050 euros par an en 2026.
Un point souvent méconnu : le revenu pris en compte n'est pas votre chiffre d'affaires, mais le bénéfice net déclaré à l'URSSAF (ou le revenu imposable pour les micro-entrepreneurs après abattement). Cette distinction a un impact direct sur le nombre de trimestres validés et sur le montant du SAM.
La Retraite Complémentaire des Indépendants (RCI)
La RCI a remplacé les anciens régimes complémentaires du RSI : le NRCO pour les artisans et le RCO pour les commerçants. Ce régime fonctionne par points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points dont la valeur de service est fixée par décret.
Les points acquis sous l'ancien régime RSI, et même avant sous l'AVA ou l'ORGANIC, ont été convertis dans le système RCI. Des erreurs de conversion ont été constatées lors de ces transferts successifs, et il est recommandé de vérifier le nombre de points figurant sur votre relevé, en particulier si vous avez cotisé avant 2006.
À savoir : contrairement à l'Agirc-Arrco des salariés, la RCI ne prévoit pas de coefficient de minoration temporaire ni de bonus pour départ différé. Le montant de la complémentaire dépend uniquement du nombre de points accumulés.
Partir à la retraite quand on est indépendant : les règles d'âge en 2026
L'âge légal après la réforme de 2023
Depuis la réforme de 2023, puis la LFSS 2026 promulguée le 30 décembre 2025 qui a décalé le calendrier d'une génération, l'âge légal monte progressivement vers 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969. Le calendrier applicable en 2026 est le suivant :
- Nés en 1962 : 62 ans et 6 mois
- Nés en 1963 : 62 ans et 9 mois
- Nés en 1964 : 62 ans et 9 mois
- Nés de janvier à mars 1965 : 62 ans et 9 mois
- Nés d'avril à décembre 1965 : 63 ans
- Nés en 1966 : 63 ans et 3 mois
- Nés en 1967 : 63 ans et 6 mois
- Nés en 1968 : 63 ans et 9 mois
- Nés à partir de 1969 : 64 ans
Départ anticipé pour les artisans et commerçants
Plusieurs dispositifs permettent un départ avant l'âge légal :
- Carrière longue : si vous avez commencé à travailler avant 16, 18 ou 20 ans et que vous justifiez d'une durée de cotisation suffisante, vous pouvez partir plus tôt. Les trimestres validés en tant qu'indépendant comptent au même titre que les trimestres salariés.
- Inaptitude ou handicap : un départ à 62 ans reste possible sous certaines conditions médicales.
- Incapacité permanente : les artisans et commerçants n'ont pas accès au C2P (Compte Professionnel de Prévention), réservé aux salariés. Cependant, une incapacité permanente d'au moins 10 % liée à l'activité professionnelle peut ouvrir droit à un départ anticipé à 60 ans. Ce dispositif concerne notamment les artisans du bâtiment, les boulangers ou les bouchers ayant subi des accidents du travail reconnus.
Taux plein automatique à 67 ans
Le taux plein est obtenu automatiquement à 67 ans, quelle que soit la durée de cotisation. Pour un indépendant qui a commencé son activité tardivement ou qui a eu des années de faible revenu non validées, ce mécanisme peut être la seule voie vers une pension sans décote.
Périodes RSI : les bascules de 2018-2020 ont laissé des traces
L'intégration du RSI au régime général a généré des reports incomplets sur de nombreux relevés d'indépendants. Vérifiez le vôtre gratuitement.
Comment est calculée la pension d'un artisan ou commerçant
La pension de base CNAV
La formule est la suivante :
Pension annuelle = SAM x Taux x (Durée d'assurance / Durée de référence)
- SAM (Salaire Annuel Moyen) : moyenne des 25 meilleures années de revenus, revalorisées par des coefficients fixés chaque année. Pour les indépendants, le revenu pris en compte est le revenu professionnel net déclaré à l'URSSAF. Les années où le revenu est nul ne sont pas retenues dans le calcul des 25 meilleures années, mais elles comptent comme des années à zéro qui peuvent abaisser la moyenne si vous n'avez pas suffisamment d'années à revenu positif.
- Taux : 50 % au taux plein. Une décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique si vous partez avant d'avoir le nombre de trimestres requis, dans la limite de 20 trimestres (soit une décote maximale de 25 %).
- Durée d'assurance : nombre de trimestres validés dans le régime.
- Durée de référence : nombre de trimestres exigés pour le taux plein, selon votre génération (entre 169 et 172 trimestres).
La pension complémentaire RCI en points
La pension RCI se calcule comme suit :
Pension annuelle = Nombre de points x Valeur du point
La valeur de service du point RCI est actualisée chaque année. Elle est de 1,347 € au 1er janvier 2026 (contre 1,335 € en 2025). Le nombre de points dépend de vos cotisations annuelles, avec un plafond lié au plafond de la Sécurité sociale. Pour un artisan ou commerçant au plafond, cela représente environ 155 à 180 points acquis par an.
Le minimum contributif : un filet pour les petits revenus
Si votre pension de base est inférieure à un certain seuil et que vous avez le taux plein, le minimum contributif s'applique. Le MiCo majoré 2026 est de 903,93 €/mois, soit environ 10 847 €/an pour une carrière complète cotisée au SMIC (dont 120 trimestres cotisés minimum). Ce dispositif est particulièrement pertinent pour les artisans et commerçants : près d'un indépendant sur trois liquide sa retraite au minimum contributif, souvent en raison d'années de début d'activité à faible revenu.
Les cinq erreurs de relevé les plus courantes chez les indépendants
Le relevé de carrière des artisans et commerçants est l'un des plus exposés aux erreurs, pour une raison simple : vos droits ont transité par trois organismes distincts en moins de vingt ans.
1. Trimestres perdus lors du transfert RSI vers CNAV
La bascule du RSI vers la CNAV en 2020 a généré des pertes de données. Certains trimestres cotisés avant 2020 n'apparaissent tout simplement pas sur le relevé CNAV. Les périodes les plus à risque se situent entre 2006 (création du RSI) et 2017 (début de la transition). Si vous avez été affilié au RSI pendant cette période, vérifiez que chaque année apparaît bien sur votre relevé avec le bon nombre de trimestres.
2. Cotisations minimales et trimestres non validés
Pour valider un trimestre, il faut avoir cotisé sur un revenu au moins égal à 150 fois le SMIC horaire, soit 1 782 € en 2025 et 1 803 € en 2026 (SMIC horaire 12,02 €). En dessous de ce seuil, le trimestre n'est pas validé. De nombreux indépendants ont des années de faible activité, notamment en début de carrière ou lors de périodes difficiles. Ces trimestres "à zéro" constituent des trous dans le relevé. Attention : même en payant la cotisation minimale, vous ne validez que trois trimestres si votre revenu ne dépasse pas trois fois le seuil.
3. Archives AVA ou ORGANIC antérieures à 2006
Les droits acquis sous les anciennes caisses remontent parfois aux années 1970. Les archives de ces organismes ont été transférées au RSI, puis à la CNAV. À chaque transfert, des données ont pu être perdues ou mal saisies. Les artisans ayant démarré leur activité avant 1990 sont particulièrement concernés : les enregistrements papier de l'AVA n'ont pas toujours été numérisés correctement.
4. Points complémentaires mal convertis
La conversion des points NRCO (artisans) et RCO (commerçants) vers le système RCI unifié a parfois provoqué des écarts. Un écart même faible sur le nombre de points, cumulé sur une carrière de 30 ans, peut représenter plusieurs centaines d'euros de pension annuelle en moins. La vérification passe par la comparaison de vos relevés annuels de cotisations avec le total de points affiché par la CNAV.
5. Polyactivité artisan-salarié non rapprochée
Les artisans et commerçants qui ont également été salariés, ou qui ont exercé plusieurs activités indépendantes simultanément, doivent vérifier que chaque régime a bien enregistré les périodes correspondantes. C'est un cas très fréquent : un plombier qui a été salarié d'une entreprise pendant dix ans avant de s'installer à son compte, un commerçant qui cumule une activité salariée à temps partiel. Les périodes de polyactivité sont une source classique d'erreurs, car chaque caisse ne voit que sa part du dossier.
Questions fréquentes
Mes trimestres cotisés sous le RSI sont-ils automatiquement repris par la CNAV ?
En théorie, oui. Lors de la suppression du RSI au 1er janvier 2020, l'ensemble des droits acquis devait être transféré à la CNAV. En pratique, des anomalies de transfert ont été constatées sur un nombre significatif de dossiers. Certains trimestres n'apparaissent pas, d'autres sont enregistrés avec un montant de revenu erroné. La seule façon de s'en assurer est de comparer votre relevé CNAV avec vos anciens appels de cotisations RSI. Si vous ne les avez plus, vous pouvez en demander une copie auprès de votre URSSAF.
Je suis artisan et j'ai eu des revenus très faibles certaines années. Est-ce que je peux racheter les trimestres manquants ?
Oui, le rachat de trimestres est possible dans le régime général, dans la limite de 12 trimestres. Vous pouvez racheter au titre du taux seul (moins cher) ou au titre du taux et de la durée d'assurance. Le coût dépend de votre âge au moment du rachat et de votre revenu moyen. Pour un artisan de 55 ans avec un revenu annuel de 30 000 euros, un trimestre racheté au titre du taux et de la durée coûte environ 4 500 euros. Ce rachat n'est rentable que si le gain de pension sur la durée espérée de retraite dépasse le montant investi. Faites le calcul avant de vous engager.
La complémentaire RCI est-elle réversible au conjoint survivant ?
Oui. La pension de réversion de la RCI est versée au conjoint survivant ou divorcé non remarié, sous condition de ressources. Le taux de réversion est de 60 % de la pension complémentaire du défunt. La demande doit être effectuée auprès de la CNAV, qui gère désormais la RCI pour le compte des indépendants. Le délai de traitement peut atteindre plusieurs mois, et il est recommandé de constituer le dossier dès que possible.
Artisans et commerçants : faites contrôler votre relevé avant de liquider
Avec trois caisses successives (AVA/ORGANIC, RSI, CNAV) et des transferts de données à chaque étape, le relevé de carrière d'un indépendant est rarement exempt d'erreurs. Pour une vue d'ensemble des pièges propres à votre statut (trimestres non validés, cumul plafonné, rémunération ou dividendes), consultez notre guide retraite des dirigeants TNS. Un trimestre oublié ou une poignée de points complémentaires mal convertis suffisent à réduire votre pension de plusieurs dizaines d'euros par mois, à vie. Faites analyser votre relevé sur carriva.fr/audit : l'outil détecte les incohérences, identifie les périodes à risque, et vous indique les corrections à demander avant la liquidation.
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