Dirigeant TNS : de qui parle-t-on ?
Le sigle TNS (travailleur non salarié) recouvre les dirigeants qui cotisent au régime des indépendants plutôt qu'au régime général des salariés : gérants majoritaires de SARL ou d'EURL, entrepreneurs individuels, artisans, commerçants, micro-entrepreneurs et professions libérales. À l'inverse, un président de SAS ou un gérant minoritaire de SARL est « assimilé salarié » : il cotise au régime général et à l'Agirc-Arrco, avec des règles très différentes. Notre page retraite des dirigeants compare les deux statuts en détail ; ce guide se concentre sur les TNS.
Pourquoi un guide dédié ? Parce que la retraite d'un TNS cumule trois fragilités : des caisses qui ont changé plusieurs fois (AVA et ORGANIC, puis RSI, puis CNAV depuis 2020), une assiette de cotisation qui dépend du bénéfice déclaré et non d'un salaire régulier, et des années de faibles revenus qui peuvent ne valider aucun trimestre sans que rien ne vous alerte. La Cour des comptes relève d'ailleurs, dans sa certification des comptes 2025, que les erreurs de calcul des pensions des indépendants ne sont pas mesurées avec la même précision que celles des salariés. La préparation commence donc par un principe : ne rien croire sur parole, tout vérifier sur le relevé.
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Vos régimes : une base alignée, une complémentaire spécifique
La base : le régime général, via la SSI
Depuis le 1er janvier 2020, la retraite de base des artisans et commerçants est gérée par la CNAV, au sein du régime général (la SSI, ex-RSI, n'existe plus en tant que caisse). Les règles de calcul sont alignées sur celles des salariés : pension calculée sur le revenu annuel moyen des 25 meilleures années, taux plein de 50 %, durée d'assurance requise selon la génération. Après la suspension de la réforme votée en LFSS 2026, l'âge légal de 64 ans ne s'applique qu'aux assurés nés à partir de 1969 ; les générations 1964 à 1967 partent environ 3 mois plus tôt que dans le calendrier initial de 2023.
Deux différences majeures avec un salarié subsistent. D'abord l'assiette : ce qui compte n'est pas votre chiffre d'affaires mais votre revenu professionnel net déclaré (le bénéfice, ou le chiffre d'affaires après abattement forfaitaire pour les micro-entrepreneurs). Ensuite la responsabilité : aucun employeur ne déclare pour vous ; une déclaration de revenus erronée ou une cotisation impayée se traduit directement en droits perdus. Le fonctionnement détaillé est dans nos guides retraite artisan-commerçant et caisse SSI.
La complémentaire : la RCI, un régime en points sans équivalent Agirc-Arrco
Les artisans et commerçants cotisent à la retraite complémentaire des indépendants (RCI) : 7 % du revenu jusqu'au plafond de la sécurité sociale (48 060 € en 2026), 8 % entre 1 et 4 plafonds. Chaque euro cotisé achète des points, convertis en pension à la liquidation. Contrairement à l'Agirc-Arrco, la RCI ne prévoit ni coefficient de minoration temporaire ni bonus de départ différé : la pension complémentaire dépend uniquement du stock de points. D'où l'enjeu : vérifier que les points NRCO et RCO acquis avant l'unification ont été correctement convertis, car un écart modeste cumulé sur 30 ans représente des centaines d'euros de pension annuelle.
Les professions libérales réglementées relèvent d'une architecture différente : base CNAVPL en points et complémentaire gérée par l'une des dix sections professionnelles (CIPAV, CARMF, CAVEC...). Si c'est votre cas, notre guide retraite des professions libérales cartographie les caisses ; les libéraux non réglementés créés depuis 2018 relèvent, eux, du régime général et de la RCI.
Une erreur sur votre relevé peut vous coûter des milliers d'euros
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Les pièges spécifiques aux TNS
Années de faibles revenus : des trimestres qui ne se valident pas
La validation d'un trimestre repose sur le revenu cotisé : 150 fois le SMIC horaire par trimestre, soit 1 803 € de revenu en 2026 (le mécanisme est détaillé dans notre article sur le seuil de validation d'un trimestre). Un artisan ou commerçant « classique » bénéficie d'un garde-fou : la cotisation minimale, due même à revenu nul, valide au moins 3 trimestres par an. Mais ce filet ne couvre pas tout le monde : le micro-entrepreneur ne paie pas de cotisation minimale, et si son chiffre d'affaires reste sous les seuils annuels (par exemple 14 256 € de CA 2025 en prestations de services BIC pour valider 4 trimestres), les trimestres manquent définitivement au compteur. Les années de lancement, de crise ou de bascule d'activité sont les premières touchées : voir notre guide retraite de l'auto-entrepreneur.
Le réflexe : à chaque déclaration de revenus, estimer combien de trimestres l'année validera. Une année à 2 trimestres se rattrape (complément de revenu, régularisation, rachat) tant qu'elle est récente.
Bascules de statut salarié/TNS : des carrières en morceaux
Salarié devenu indépendant, gérant redevenu salarié, cumul des deux la même année : chaque bascule fragmente le dossier entre des caisses qui ne voient chacune que leur part. Deux règles à connaître : le total retenu ne dépasse jamais 4 trimestres par an tous régimes confondus, et chaque régime calcule sa pension sur ses propres années (le détail dans notre article multi-activité et trimestres). S'y ajoutent les anomalies héritées des transferts AVA/ORGANIC vers le RSI puis vers la CNAV : trimestres non repris, revenus mal reportés. Si votre carrière a traversé ces caisses, comparez le relevé avec vos anciens appels de cotisations.
Rachat : ne confondez pas Madelin et rachat de trimestres
Deux dispositifs distincts coexistent. Le rachat Madelin, réservé aux artisans et commerçants, permet de compléter les cotisations des 6 dernières années d'activité indépendante pour valider les trimestres correspondants ; il faut être à jour de ses cotisations obligatoires et encore affilié (ou radié depuis moins de 12 mois). Le rachat de trimestres de droit commun (versement pour la retraite) porte, lui, sur les années d'études supérieures et les années incomplètes, dans la limite de 12 trimestres, à un coût croissant avec l'âge : conditions et barèmes dans notre article sur le rachat de trimestres. Avant tout rachat, vérifiez qu'il ne s'agit pas de trimestres simplement mal reportés : payer pour des droits que l'on possède déjà est l'erreur la plus rageante.
Cumul emploi-retraite : un plafond spécifique aux indépendants
Poursuivre ou reprendre une activité indépendante après la liquidation est possible, mais le régime dépend de votre situation. En cumul intégral (toutes pensions liquidées à taux plein), aucune limite de revenus et, depuis 2023, les nouvelles cotisations créent de nouveaux droits. En cumul plafonné, la règle des artisans et commerçants est stricte : le total pensions + revenus d'activité ne doit pas dépasser 50 % du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 24 030 € en 2026, relevé à 100 % du PASS (48 060 €) si l'activité s'exerce en zone France ruralités revitalisation ou dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. En cas de dépassement, le versement de la pension est suspendu. Conditions, démarches et cas particuliers dans notre guide du cumul emploi-retraite.
Les dernières années : ce qui pèse vraiment
À l'approche du départ, trois paramètres concentrent l'essentiel de l'enjeu :
- Le revenu annuel moyen. La base se calcule sur les 25 meilleures années de revenus cotisés. Des dernières années à bénéfice réduit ne font pas baisser la moyenne si 25 meilleures années existent déjà, mais elles peuvent ne pas valider 4 trimestres, ce qui joue sur le taux. Faites le calcul dans les deux sens avant de réduire votre activité, et estimez l'effet d'un trimestre manquant avec notre article surcote et décote.
- L'arbitrage rémunération/dividendes. Point de vocabulaire d'abord : seuls les revenus soumis à cotisations vieillesse créent des trimestres et des points. Les dividendes n'en créent pas, à une nuance près : pour un gérant majoritaire d'une société à l'IS, la fraction des dividendes dépassant 10 % du capital social est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS et produit donc des droits. Chaque équilibre entre rémunération et dividendes a ainsi un effet retraite mesurable, en plus de ses effets fiscaux ; nous ne formulons aucune recommandation fiscale ici, mais l'effet retraite doit être chiffré avant de trancher, idéalement avec votre expert-comptable. Les pièges déclaratifs associés sont détaillés dans notre article sur les erreurs fiscales de retraite des dirigeants.
- La date de départ. Entre l'âge légal de votre génération, le taux plein, la surcote et le cumul, la meilleure date se calcule, elle ne se devine pas : notre simulateur de date de départ donne une première estimation en quelques minutes.
Le premier réflexe : auditer votre relevé, pas votre intuition
Tout ce qui précède repose sur une donnée d'entrée : un relevé de carrière juste. Or les carrières de TNS sont précisément celles qui accumulent le plus d'occasions d'erreurs : trois caisses successives, des années à cheval entre statuts, des points complémentaires convertis deux fois. Avant toute stratégie de fin de carrière, faites l'inventaire : passez vos années au checker de trimestres, puis lancez un audit gratuit de votre relevé. Carriva y détecte les années non validées, les incohérences de points RCI et les périodes absentes, et vous indique quoi réclamer, à qui, avec quels justificatifs ; notre guide de détection et de correction des erreurs du relevé décrit ensuite la procédure pas à pas. Les cabinets qui accompagnent des dirigeants TNS peuvent s'appuyer sur Carriva Pro pour industrialiser ce contrôle.
Sources officielles
- Entreprendre.Service-Public.fr : cotisations sociales d'une SARL, fiche F36235 (dividendes du gérant majoritaire au-delà de 10 % du capital social soumis à cotisations sociales).
- Entreprendre.Service-Public.fr : cumul emploi-retraite du travailleur indépendant, fiche F36611 (plafonds de 50 % et 100 % du PASS).
- L'Assurance retraite : le rachat de trimestres (versement pour la retraite et rachat Madelin des travailleurs indépendants).
- Urssaf.fr : indépendant, comprendre vos cotisations (assiette, cotisation minimale, taux).
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, article 105 (suspension de la réforme, calendrier des âges par génération).
