Introduction
En France, les femmes retraitées perçoivent en moyenne 37,5 % de pension en moins que les hommes en droit direct (DREES, édition 2025, données 2023). Ce chiffre n'est pas une fatalité : il résulte de mécanismes structurels identifiables et, pour partie, de dispositifs compensatoires souvent méconnus ou mal appliqués. Entre les trimestres non inscrits, les périodes d'AVPF oubliées et les majorations mal attribuées, de nombreuses femmes partent à la retraite avec une pension inférieure à ce qu'elle devrait être.
Cet article décrypte les causes de l'écart, passe en revue les dispositifs légaux qui existent pour le réduire et vous propose un plan d'action concret pour vérifier et protéger vos droits.
L'écart de pension entre femmes et hommes en chiffres
Les données de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques) publiées dans l'édition 2025 du Panorama « Les retraités et les retraites » (données 2023) sont sans ambiguïté.
Pension de droit direct
La pension moyenne de droit direct (c'est-à-dire fondée uniquement sur la carrière personnelle de l'assuré) reste nettement inférieure pour les femmes. L'écart s'établit à 37,5 % en 2023 selon la DREES (38 % en 2022), tous régimes de base et complémentaires confondus.
Ce chiffre reflète directement les inégalités de carrière : durée de cotisation plus courte, salaires plus faibles, temps partiel plus fréquent.
Effet de la réversion
Lorsqu'on intègre les pensions de réversion (versées au conjoint survivant après le décès du partenaire), l'écart se réduit à environ 25 % en 2023 (26 % en 2022). La réversion joue donc un rôle de filet de sécurité important, mais elle reste conditionnée au statut matrimonial et aux ressources du bénéficiaire. Les femmes divorcées, pacsées ou en concubinage n'y ont pas droit dans les mêmes conditions.
Taux de pauvreté
Le taux de pauvreté des femmes retraitées est plus élevé que celui des hommes, surtout aux âges avancés. Selon l'INSEE, chez les personnes de 75 ans ou plus, environ 10 % des femmes vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6 % des hommes. Cette surreprésentation touche particulièrement les femmes seules (veuves, divorcées, célibataires) qui ne bénéficient ni de la mutualisation des revenus au sein du ménage, ni de la réversion.
Un écart qui se réduit, mais lentement
L'écart de pension diminue au fil des générations, grâce à la hausse du taux d'activité féminin depuis les années 1970. Mais la convergence est lente. Au rythme actuel, il faudrait encore plusieurs décennies pour atteindre l'égalité. Et cette convergence masque des disparités : les femmes ayant eu plusieurs enfants, celles ayant travaillé dans des secteurs faiblement rémunérés ou celles ayant interrompu leur activité restent très pénalisées.
Les quatre causes structurelles de l'écart
L'écart de pension ne naît pas au moment du départ à la retraite. Il se construit tout au long de la vie active, trimestre après trimestre, cotisation après cotisation.
Le temps partiel subi ou choisi
En France, environ 27 % des femmes salariées travaillent à temps partiel, contre seulement 8 % des hommes (INSEE, Enquête Emploi 2023). Ce temps partiel a deux conséquences directes sur la retraite.
Premièrement, les cotisations versées sont proportionnelles au salaire perçu. Un temps partiel à 80 % génère des cotisations réduites d'autant, ce qui fait baisser le salaire annuel moyen (SAM) utilisé pour le calcul de la pension.
Deuxièmement, le temps partiel peut empêcher la validation de trimestres. Pour valider un trimestre au régime général en 2026, il faut avoir perçu une rémunération au moins égale à 150 heures de SMIC dans l'année (soit 1 803 euros bruts avec un SMIC horaire à 12,02 €). Un temps partiel très réduit peut faire passer sous ce seuil certains trimestres et créer des « trous » dans le relevé de carrière.
Les interruptions de carrière
Les interruptions liées à la maternité, au congé parental ou au rôle d'aidant familial touchent massivement les femmes. Les femmes ayant eu deux enfants ou plus cumulent fréquemment plusieurs années d'interruption de carrière.
Ces interruptions ont un triple impact : perte de trimestres cotisés, baisse du SAM (les meilleures années de salaire sont moins nombreuses ou moins élevées), et perte de points dans les régimes complémentaires (Agirc-Arrco notamment).
Le plafond de verre salarial
Les femmes gagnent en moyenne environ 4 % de moins que les hommes à poste comparable (même profession, même employeur, en équivalent temps plein), un écart qui grimpe à 14 % en équivalent temps plein tous postes confondus et à environ 22 % tous temps de travail confondus (INSEE, données 2023-2024). Des salaires plus bas signifient mécaniquement des cotisations plus basses et donc un SAM plus faible au moment du calcul de la pension.
Le SAM étant calculé sur les 25 meilleures années de revenus au régime général (24 pour les mères d'un enfant et 23 pour les mères de deux enfants ou plus, nées à partir de 1970, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 en application de la LFSS 2026, sous réserve du décret d'application), les femmes partent avec un socle de calcul structurellement inférieur, même lorsqu'elles ont une carrière complète sans interruption.
La sous-déclaration et l'emploi informel historique
Pour les générations les plus anciennes, une partie de l'activité féminine n'a tout simplement pas été déclarée. Travail dans l'exploitation agricole du conjoint, aide dans le commerce familial, emplois domestiques non déclarés : autant de périodes qui n'apparaissent nulle part dans le relevé de carrière et qui ne génèrent aucun droit.
Ce phénomène recule mais n'a pas totalement disparu, notamment dans certains secteurs (aide à domicile, garde d'enfants) où le travail non déclaré reste fréquent.
Une erreur sur votre relevé peut vous coûter des milliers d'euros
Carriva détecte automatiquement les anomalies de carrière, estime leur impact sur votre retraite et vous aide à lancer la correction.
Les dispositifs compensatoires existants
Le système de retraite français intègre plusieurs mécanismes destinés à réduire l'écart. Encore faut-il qu'ils soient correctement appliqués.
La majoration de durée d'assurance pour enfants (MDA)
La MDA est le principal dispositif compensatoire. Prévu par l'article L351-4 du Code de la Sécurité sociale, il accorde jusqu'à 8 trimestres par enfant, répartis en deux blocs :
| Bloc | Trimestres | Bénéficiaire | Condition |
|---|---|---|---|
| Majoration maternité | 4 trimestres | La mère exclusivement | Automatique, liée à la grossesse et à l'accouchement |
| Majoration éducation | 4 trimestres | La mère par défaut, partage possible avec le père | Liée à l'éducation de l'enfant pendant les 4 premières années |
Points de vigilance :
- Les 4 trimestres maternité sont attribués automatiquement et exclusivement à la mère biologique. Ils ne peuvent pas être partagés.
- Les 4 trimestres éducation peuvent être partagés entre les deux parents. L'article L351-4 du CSS prévoit que les parents désignent d'un commun accord le bénéficiaire (ou la répartition) dans les 6 mois qui suivent le 4e anniversaire de l'enfant (ou de l'adoption). À défaut d'accord, la caisse attribue les trimestres au parent qui démontre avoir assuré l'éducation principale. Pour les enfants nés avant le 1er janvier 2010, les règles antérieures s'appliquent (cumul de principe à la mère, sauf preuve contraire).
- Pour les enfants adoptés, des règles spécifiques s'appliquent (majoration d'adoption de 4 trimestres).
La MDA peut permettre d'atteindre le nombre de trimestres requis pour le taux plein, d'avancer la date de départ ou d'améliorer le coefficient de proratisation. C'est un levier majeur qu'il faut impérativement vérifier sur son relevé de carrière.
Attention : la MDA enfants n'apparaît pas directement sur le relevé individuel de situation (RIS) tant que la pension n'est pas liquidée. C'est un droit latent qui sera calculé au moment du départ. Mais il est essentiel de s'assurer que l'état civil des enfants est correctement enregistré auprès de la caisse de retraite.
L'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF)
L'AVPF, prévue par les articles L381-1 et suivants du CSS, permet aux parents qui interrompent ou réduisent leur activité pour élever un enfant de continuer à valider des trimestres et à constituer des droits à pension.
Mécanisme : la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) verse des cotisations retraite à la CNAV pour le compte du parent bénéficiaire. Ces cotisations sont calculées sur la base du SMIC, ce qui permet de valider 4 trimestres par an et d'alimenter le SAM.
Conditions principales :
- Percevoir une prestation familiale (allocation de base de la PAJE, PreParE, complément familial)
- Avoir un enfant de moins de 3 ans ou assumer la charge d'au moins 2 enfants
- Ne pas dépasser un plafond de ressources du ménage
L'AVPF est un droit souvent ignoré. Il arrive que des périodes de congé parental ne soient pas correctement reportées sur le relevé de carrière, soit parce que la CAF n'a pas transmis l'information à la CNAV, soit parce que le parent n'a pas fait les démarches nécessaires auprès de la CAF. Vérifier la présence de ces périodes sur son relevé est indispensable.
La pension de réversion
La pension de réversion du régime général, prévue par l'article L353-1 du CSS, permet au conjoint survivant de percevoir 54 % de la pension de base du conjoint décédé (ou de la pension qu'il aurait perçue).
Conditions principales :
- Avoir été marié avec le défunt (le PACS et le concubinage n'ouvrent pas droit à la réversion au régime général)
- Avoir au moins 55 ans
- Ne pas dépasser le plafond de ressources personnelles (25 001,60 euros par an pour une personne seule en 2026, soit environ 2 083 euros par mois, ou 40 002,56 euros par an pour un couple)
La réversion n'est pas automatique : il faut en faire la demande. Et les règles varient selon les régimes. Dans la fonction publique, par exemple, il n'y a pas de condition de ressources mais le versement de la pension est supprimé en cas de remariage, de PACS ou de concubinage (le droit peut être rétabli si la nouvelle union cesse).
Point souvent oublié : en cas de divorce, l'ex-conjoint conserve un droit à réversion, au prorata de la durée du mariage par rapport à la durée totale des mariages du défunt. Ce droit est fréquemment ignoré.
Le minimum contributif (MiCo)
Le minimum contributif, prévu par l'article L351-10 du CSS, garantit un montant plancher de pension de base aux assurés qui ont obtenu le taux plein mais dont le calcul aboutit à une pension très faible en raison de salaires modestes.
Au 1er janvier 2026, le MiCo de base s'élève à 756,29 euros par mois et le MiCo majoré (pour les assurés ayant cotisé au moins 120 trimestres) à 903,93 euros par mois (circulaire CNAV 2025-33 du 23 décembre 2025). Ces montants sont proratisés si la durée d'assurance au régime général est inférieure à la durée requise.
Bonne nouvelle depuis la réforme du 14 avril 2023 : jusqu'à 24 trimestres AVPF peuvent être comptabilisés dans les 120 trimestres cotisés exigés pour bénéficier du MiCo majoré, ce qui profite particulièrement aux mères ayant bénéficié de l'AVPF pendant leurs années d'interruption d'activité.
Le MiCo concerne massivement les femmes, qui représentent la majorité des bénéficiaires en raison de carrières à bas salaires et de temps partiels prolongés.
Comment vérifier son relevé de carrière
La vérification du relevé de carrière est la première étape indispensable. Trop de femmes découvrent des anomalies au moment de la liquidation, quand il est parfois trop tard pour les corriger facilement.
Les trimestres maternité sont-ils bien inscrits ?
Vérifiez que les périodes d'arrêt maternité (avant et après accouchement) apparaissent bien comme périodes assimilées sur votre relevé. Chaque congé maternité doit générer au minimum un trimestre assimilé. Si vous ne les voyez pas, contactez votre caisse avec vos bulletins de salaire ou attestations de la CPAM.
Les périodes AVPF apparaissent-elles ?
Si vous avez bénéficié du congé parental ou réduit votre activité en percevant des prestations de la CAF, les trimestres AVPF doivent figurer sur votre relevé. Ils apparaissent généralement sous la mention "AVPF" ou "Assurance vieillesse des parents au foyer". Leur absence est l'une des anomalies les plus fréquentes.
Les périodes assimilées sont-elles toutes présentes ?
Les périodes de chômage indemnisé, de maladie, d'invalidité ou d'accident du travail génèrent des trimestres assimilés. Vérifiez leur présence année par année, en particulier si vous avez connu des périodes de chômage entre deux emplois ou après un congé parental.
Le seuil de validation des trimestres est-il atteint pour les années à temps partiel ?
Pour chaque année travaillée à temps partiel, vérifiez que votre rémunération a bien atteint le seuil de 150 heures de SMIC nécessaire à la validation d'un trimestre. Si ce n'est pas le cas pour certaines années, vous avez peut-être validé seulement 2 ou 3 trimestres au lieu de 4. Ces trimestres manquants s'accumulent et peuvent décaler votre date de départ au taux plein.
| Trimestres validés en 2026 | Rémunération brute minimale requise |
|---|---|
| 1 trimestre | 1 803 euros |
| 2 trimestres | 3 606 euros |
| 3 trimestres | 5 409 euros |
| 4 trimestres | 7 212 euros |
Si certaines années présentent des anomalies, il est possible de demander une régularisation auprès de la CNAV en fournissant les justificatifs nécessaires (bulletins de salaire, attestations employeur).
Plan d'action concret en 4 étapes
1. Télécharger son relevé individuel de situation (RIS)
Rendez-vous sur info-retraite.fr et connectez-vous via FranceConnect. Téléchargez votre RIS, qui regroupe l'ensemble de vos droits acquis dans tous les régimes. C'est votre document de référence.
2. Faire analyser son relevé par un professionnel
Lire un relevé de carrière n'est pas simple. Les anomalies sont souvent subtiles : un trimestre manquant ici, une période AVPF absente là, des trimestres maternité non reportés. Un audit professionnel permet de repérer ces erreurs et de quantifier leur impact sur votre pension future.
Carriva propose un audit complet de votre relevé de carrière. Notre outil détecte les anomalies, vérifie la bonne attribution des trimestres MDA et AVPF, et identifie les actions correctives possibles. Demandez votre audit gratuit.
3. Contester les anomalies auprès de la caisse compétente
Une fois les erreurs identifiées, il faut les signaler à la caisse de retraite concernée (CNAV pour le régime général, MSA pour les agriculteurs, etc.). La contestation se fait par courrier recommandé avec accusé de réception, en joignant les pièces justificatives. Le délai de traitement varie, mais la caisse a l'obligation de répondre.
En cas de refus, un recours est possible devant la Commission de Recours Amiable (CRA) de la caisse, puis devant le tribunal judiciaire si nécessaire.
4. Envisager le rachat de trimestres si pertinent
Si des trimestres manquent et ne peuvent pas être régularisés (par exemple, des périodes d'études supérieures ou des années incomplètes), le rachat de trimestres peut être une option. Le coût dépend de l'âge au moment du rachat, du revenu et de l'option choisie (rachat au titre du taux seul ou du taux et de la durée d'assurance).
Le rachat n'est pas toujours rentable. Il faut comparer le coût du rachat au gain de pension sur la durée estimée de la retraite. C'est un calcul que Carriva peut intégrer dans l'analyse de votre situation.
Passez à l'action
L'écart de pension entre femmes et hommes est un fait documenté, mais il n'est pas irréversible pour chaque situation individuelle. Les dispositifs compensatoires existent. Le problème, c'est qu'ils sont souvent mal connus, mal appliqués ou tout simplement absents du relevé de carrière.
La première étape est de vérifier vos droits. La seconde est d'agir avant qu'il ne soit trop tard.
Faites analyser votre relevé de carrière gratuitement sur Carriva et identifiez en quelques minutes les anomalies qui pourraient vous coûter des centaines d'euros de pension chaque mois.
