La carrière longue est aussi décalée, mais avec son propre barème
La suspension de la réforme des retraites ne concerne pas que l'âge légal de droit commun. Le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 adapte également la retraite anticipée pour carrière longue (RACL), et la circulaire Cnav 2026-17 du 12 juin 2026 fixe la doctrine applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Deux effets concrets : les âges de départ anticipé reculent de 1 à 3 mois pour certaines générations, et la durée cotisée exigée baisse de 1 à 2 trimestres pour les générations 1964 et 1965.
Attention au réflexe trompeur : le barème carrière longue ne se déduit pas mécaniquement du barème de droit commun. Il a ses propres paliers, son propre découpage infra-annuel de la génération 1965, et même une curiosité pour les natifs de décembre 1965. Voici le détail, vérifié sur les textes.
Rappel : les quatre bornes d'accès au dispositif
Le dispositif carrière longue repose sur deux conditions cumulatives, inchangées par la suspension :
- Un début d'activité précoce : 5 trimestres validés avant la fin de l'année civile de votre 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire (4 trimestres suffisent si vous êtes né au dernier trimestre de l'année, ou si votre carrière a débuté au régime des non-salariés agricoles).
- Une durée cotisée complète : quel que soit l'âge de départ anticipé, la durée cotisée exigée correspond à la durée requise pour le taux plein de votre génération. C'est donc elle qui baisse quand le barème générationnel baisse.
Pour les assurés nés à compter de 1971, les quatre bornes d'âge de départ restent 58 ans (début avant 16 ans), 60 ans (avant 18 ans), 62 ans (avant 20 ans) et 63 ans (avant 21 ans). Pour les générations 1961 à 1970, l'âge de départ « avant 20 ans » est adapté génération par génération : c'est là que la suspension change les choses.
Le barème par génération (circulaire Cnav 2026-17)
Le tableau ci-dessous reprend les annexes 2 et 3 de la circulaire Cnav 2026-17 du 12 juin 2026, pour un début d'activité avant 20 ans (la borne la plus fréquente), avec la durée cotisée exigée :
| Naissance | Âge de départ anticipé | Durée cotisée exigée |
|---|---|---|
| Sept. 1961 à août 1963 | 60 ans | 169 à 170 trimestres selon génération |
| Sept. à déc. 1963 | 60 ans et 3 mois | 170 trimestres |
| 1964 | 60 ans et 6 mois | 170 trimestres |
| Janv. à mars 1965 | 60 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| Avril à nov. 1965 | 60 ans et 9 mois | 171 trimestres |
| Déc. 1965 | 60 ans et 8 mois | 171 trimestres |
| 1966 | 60 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| 1967 | 61 ans | 172 trimestres |
| 1968 | 61 ans et 3 mois | 172 trimestres |
| 1969 | 61 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| 1970 | 61 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| 1971 et après | 62 ans | 172 trimestres |
Pour les autres bornes, la circulaire retient notamment, à partir de la génération 1967 : 58 ans (début avant 16 ans), 60 ans (avant 18 ans) et 63 ans (avant 21 ans), toujours avec 172 trimestres cotisés. Pour la génération 1966, les départs possibles sont 60 ans (avant 18 ans), 60 ans et 9 mois (avant 20 ans) et 63 ans (avant 21 ans).
Trois points à retenir :
- Générations 1964 et 1965 : le gain porte surtout sur la durée. La durée cotisée exigée passe à 170 trimestres pour la génération 1964 (au lieu de 171 dans le calendrier 2023) et pour les natifs de janvier à mars 1965 (au lieu de 172), puis 171 trimestres pour les natifs d'avril à décembre 1965. Un ou deux trimestres cotisés de moins à réunir, c'est parfois ce qui rend un départ anticipé possible.
- Générations 1966 à 1968 : des âges abaissés. Le départ « avant 20 ans » s'ouvre à 60 ans et 9 mois pour la génération 1966, 61 ans pour 1967, 61 ans et 3 mois pour 1968, soit 1 à 3 mois plus tôt que le calendrier 2023.
- La curiosité de décembre 1965 : les natifs de décembre 1965 partent à 60 ans et 8 mois, un mois plus tôt que le reste de leur génération. Ce cas particulier figure noir sur blanc dans la circulaire.
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Trimestres « réputés cotisés » : les plafonds à connaître
La condition de durée porte sur des trimestres cotisés, mais certaines périodes non travaillées sont « réputées cotisées » dans des limites précises, récapitulées par la circulaire Cnav 2026-17 :
- 4 trimestres au titre du service national ;
- 4 trimestres au titre de la maladie et des accidents du travail (incapacité temporaire) ;
- 4 trimestres au titre du chômage indemnisé et de l'activité partielle ;
- 4 trimestres au titre de l'AVPF et de l'assurance vieillesse des aidants ;
- 2 trimestres au titre de l'invalidité ;
- la totalité des trimestres assimilés maternité et adoption, sans plafond ;
- la totalité des trimestres issus du compte professionnel de prévention (C2P).
Chaque plafond s'apprécie sur l'ensemble de la carrière, tous régimes de base confondus, et les caisses doivent retenir la combinaison la plus favorable à l'assuré.
La nouveauté LFSS 2026 : jusqu'à 2 trimestres au titre des enfants
L'article 105 de la LFSS 2026 ajoute une catégorie attendue de longue date : les trimestres de majoration de durée d'assurance pour enfants (maternité, adoption, éducation, congé parental) peuvent désormais compter comme réputés cotisés pour l'accès à la carrière longue, dans la limite de 2 trimestres au total, quel que soit le nombre d'enfants. Ce n'est donc pas 2 trimestres par enfant, contrairement à une confusion fréquente.
La mesure s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et bénéficiera surtout aux mères dont la carrière, commencée tôt, a été interrompue par les maternités : une assurée née en 1966, à qui il manque 2 trimestres cotisés sur les 172 exigés, peut désormais les combler avec sa majoration pour enfants. À la date de rédaction, le décret d'application propre à cette mesure restait attendu au Journal officiel ; la Cnav l'a déjà intégrée à sa doctrine dans la circulaire 2026-17. En cas de doute sur votre dossier, demandez confirmation à votre caisse avant de fixer une date de départ.
Exemples concrets
- Ouvrier né en mai 1964, apprenti à 17 ans (5 trimestres avant la fin de l'année de ses 18 ans) : il travaille encore. Pour une pension prenant effet à compter du 1er septembre 2026, il ne doit plus réunir que 170 trimestres cotisés au lieu de 171. S'il lui manquait un trimestre, la suspension débloque son départ.
- Salariée née en février 1965, entrée en emploi à 19 ans : borne « avant 20 ans », âge de départ 60 ans et 9 mois déjà atteint. Pour une pension prenant effet à compter du 1er septembre 2026, il ne lui faut plus que 170 trimestres cotisés au lieu de 172 : deux trimestres de moins à réunir.
- Salarié né en décembre 1965, débuté à 18 ans et demi : départ « avant 20 ans » ouvert à 60 ans et 8 mois, soit août 2026 ; sa pension pourra prendre effet dès le 1er septembre 2026, première date d'application du nouveau barème, avec 171 trimestres cotisés.
- Mère de deux enfants née en 1966, débutée à 19 ans : départ possible à 60 ans et 9 mois avec 172 trimestres cotisés, dont jusqu'à 2 trimestres pris sur sa majoration pour enfants (2 au total, pas 2 par enfant).
Vérifiez vos trimestres cotisés avant tout
En carrière longue, tout se joue sur le décompte exact des trimestres cotisés (et non simplement validés) et sur les trimestres de début de carrière, statistiquement les plus mal reportés : emplois d'été, apprentissage, premiers contrats. Un seul trimestre mal classé peut décaler votre départ de plusieurs mois, alors même que la date charnière du 1er septembre 2026 approche.
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Sources officielles
- Circulaire Cnav n° 2026-17 du 12 juin 2026 : retraite anticipée pour carrière longue à compter du 1er septembre 2026 (barème en annexes 2 et 3).
- Décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 portant application de l'article 105 de la LFSS 2026 (JO du 8 mai 2026).
- Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, article 105.
- Service-Public.fr : retraite anticipée pour carrière longue.
