Introduction
En 2026, le cumul emploi-retraite permet à un retraité de reprendre une activité professionnelle tout en percevant sa pension, soit sans aucune limite de revenus (cumul intégral, sous conditions de taux plein et d'âge légal), soit dans la limite de 2 916,85 € brut par mois ou du dernier salaire perçu, le montant le plus élevé étant retenu (cumul plafonné, 160 % du SMIC). Longtemps considéré comme un dispositif marginal, il concerne aujourd'hui un nombre croissant de retraités : environ 500 000 personnes en France exercent une activité rémunérée après la liquidation de leur retraite.
La réforme des retraites de 2023 a profondément modifié ce dispositif en introduisant la possibilité de générer de nouveaux droits à pension grâce à l'activité exercée en cumul. Avant cette réforme, les cotisations versées pendant le cumul étaient perdues, ce qui constituait un frein important. Ce n'est plus le cas depuis le 1er septembre 2023.
Ce guide fait le point sur les deux formes de cumul (intégral et plafonné), leurs conditions respectives, les démarches à accomplir et les conséquences fiscales.
Qu'est-ce que le cumul emploi-retraite ?
Le cumul emploi-retraite permet à un retraité de reprendre une activité professionnelle tout en percevant sa pension. Il prend deux formes : le cumul intégral, sans plafond de revenus, réservé à ceux qui ont le taux plein, l'âge légal et qui ont liquidé toutes leurs pensions ; et le cumul plafonné, applicable lorsque ces conditions ne sont pas réunies, qui limite les revenus d'activité au plus avantageux entre le dernier salaire perçu et 160 % du SMIC. Depuis la réforme de 2023, le cumul intégral peut en outre générer une seconde pension de retraite, ce qui n'était pas le cas auparavant.
Le tableau ci-dessous résume la différence entre les deux régimes, détaillée dans la suite de ce guide :
| Critère | Cumul intégral | Cumul plafonné |
|---|---|---|
| Plafond de revenus | Aucun | Dernier salaire ou 160 % du SMIC (le plus élevé) |
| Conditions | Taux plein + âge légal + toutes pensions liquidées | Aucune de ces conditions |
| Nouveaux droits (depuis 2023) | Oui, seconde pension | Non, cotisations à fonds perdus |
| Reprise chez le dernier employeur | Sans délai | Délai de carence de 6 mois |
Cumul intégral : conditions
Le cumul intégral, aussi appelé cumul libéralisé, permet de cumuler sans aucune restriction les revenus d'activité et les pensions de retraite. Aucun plafond de revenus ne s'applique. Trois conditions doivent être réunies simultanément.
Le taux plein
L'assuré doit avoir obtenu le taux plein pour la liquidation de sa pension de retraite de base. Ce taux plein peut être acquis par la durée d'assurance (nombre de trimestres requis pour sa génération), par l'âge (67 ans, taux plein automatique) ou par dérogation (inaptitude au travail, invalidité, handicap).
La liquidation de toutes les pensions
Toutes les pensions de retraite de l'assuré, de base et complémentaires, françaises et étrangères, doivent avoir été liquidées. Cette condition vise à éviter qu'un retraité cumule une activité avec une pension tout en conservant des droits non liquidés dans un autre régime.
L'âge légal de départ
L'assuré doit avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite, soit 64 ans pour les générations nées à partir de 1969 (âge progressif pour les générations antérieures selon le calendrier de la réforme 2023 décalé par la LFSS 2026). Un assuré parti en retraite anticipée (carrière longue, handicap) avant l'âge légal ne peut pas bénéficier du cumul intégral tant qu'il n'a pas atteint cet âge.
Cas particulier : les professions libérales
Pour les professionnels libéraux relevant de la CNAVPL, les conditions du cumul intégral s'appliquent à la fois au régime de base et au régime complémentaire. La liquidation de la pension complémentaire CNAVPL est obligatoire.
Cumul plafonné : les limites
Lorsque les conditions du cumul intégral ne sont pas remplies (pas de taux plein, pas d'âge légal atteint, ou pensions non entièrement liquidées), l'assuré peut tout de même reprendre une activité, mais ses revenus sont plafonnés.
Plafond applicable au régime général
Pour les assurés du régime général (CNAV), le plafond de revenus d'activité est fixé à la somme suivante : dernière rémunération d'activité perçue avant la retraite ou 160 % du SMIC calculé sur une base annuelle de 1 820 heures, soit 2 916,85 € brut par mois en 2026. Ce plafond retient le SMIC horaire en vigueur au 1er janvier 2026 (12,02 €) et n'est pas révisé en cours d'année : la revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 (12,31 €) ne le modifie pas (sources : service-public.gouv.fr, previssima.fr). Le montant le plus élevé des deux est retenu.
Délai de reprise chez le même employeur
Dans le cadre du cumul plafonné, si le retraité reprend une activité chez son dernier employeur, un délai de carence de 6 mois s'applique après la date d'effet de la pension. En cas de non-respect de ce délai, le versement de la pension de base est suspendu à compter du 1er jour du mois de reprise et au plus tard jusqu'au dernier jour du 6e mois suivant la date d'effet de la pension ; passé ce délai, le versement reprend dans les conditions normales du cumul plafonné, même si l'activité chez ce même employeur se poursuit. La suspension n'est donc pas illimitée : elle est plafonnée à 6 mois. Ce délai ne s'applique pas si l'activité est exercée chez un employeur différent. En cumul intégral (taux plein, toutes pensions liquidées, âge légal atteint), le retour chez le même employeur est possible sans délai de carence depuis la réforme 2023.
Conséquences du dépassement
En cas de dépassement du plafond de revenus, la pension de base est réduite du montant du dépassement. Si la pension est suspendue, les arrérages non versés sont définitivement perdus (ils ne sont pas reportés). Le contrôle est effectué annuellement par la CNAV sur la base des revenus déclarés.
Régime complémentaire Agirc-Arrco
Le régime complémentaire Agirc-Arrco applique ses propres règles de cumul. Pour le cumul plafonné, le plafond suit une logique proche de celle du régime général, mais l'Agirc-Arrco retient la plus favorable de trois références : 160 % du SMIC, le dernier salaire d'activité revalorisé, ou le salaire moyen revalorisé des 10 dernières années civiles. Cette troisième référence, absente du régime général, peut relever le plafond complémentaire pour un assuré dont le dernier salaire était atypiquement bas. En cas de cumul intégral, aucun plafond Agirc-Arrco ne s'applique. Les conditions du cumul intégral Agirc-Arrco sont identiques à celles du régime général.
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Les nouveaux droits depuis 2023
La réforme des retraites du 14 avril 2023 a introduit un changement majeur : les cotisations vieillesse versées pendant une période de cumul emploi-retraite ouvrent désormais de nouveaux droits à pension.
Avant la réforme
Avant le 1er septembre 2023, les cotisations versées en cumul emploi-retraite étaient dites "à fonds perdus". L'assuré cotisait normalement (cotisations salariales et patronales), mais ces cotisations ne généraient aucun droit supplémentaire. La pension restait figée à son montant initial. Ce mécanisme était perçu comme injuste, car il revenait à taxer le travail des retraités sans contrepartie.
Depuis le 1er septembre 2023
Les cotisations versées après le 1er septembre 2023 dans le cadre d'un cumul intégral ouvrent droit à une seconde pension de retraite. Cette seconde pension est calculée selon les règles classiques du régime général : elle prend en compte la durée de cotisation et les revenus perçus pendant la période de cumul.
Conditions pour les nouveaux droits
Pour bénéficier de ces nouveaux droits, l'assuré doit remplir les conditions du cumul intégral (taux plein, toutes pensions liquidées, âge légal atteint). En cas de reprise chez le dernier employeur, seules les périodes travaillées à compter du premier jour du 7e mois suivant la date d'effet de la pension génèrent ces nouveaux droits : les cotisations des six premiers mois restent à fonds perdus. Les assurés en cumul plafonné ne bénéficient pas non plus de cette mesure : leurs cotisations restent à fonds perdus.
Liquidation de la seconde pension
La seconde pension est liquidée lorsque l'assuré cesse définitivement son activité en cumul ou lorsqu'il en fait la demande. Elle est plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit un maximum de 2 403 € bruts par an en 2026 (le PASS 2026 étant fixé à 48 060 €), autrement dit un ordre de grandeur de 200 € par mois. Ce plafond limite l'intérêt financier du dispositif mais constitue néanmoins un complément non négligeable.
À noter : la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 restreint ce dispositif à compter du 1er janvier 2027. La génération de seconde pension serait réservée aux périodes cotisées à 67 ans et plus, les périodes travaillées entre l'âge légal de départ et 67 ans en étant exclues. Cette restriction viserait les assurés liquidant leur première pension à compter du 1er janvier 2027 ; les retraités ayant liquidé avant cette date conservent les règles actuelles. Une décision patrimoniale prise en 2026 doit donc tenir compte de cette évolution.
Cas particuliers : indépendants et fonctionnaires
Le cumul emploi-retraite ne fonctionne pas tout à fait de la même manière selon le statut sous lequel l'activité est reprise. Les conditions du cumul intégral (taux plein, âge légal, liquidation de toutes les pensions) restent la règle commune, mais les plafonds du cumul plafonné diffèrent.
Travailleurs indépendants
Les artisans et commerçants, rattachés au régime général depuis la suppression du RSI (Sécurité sociale des indépendants), relèvent des mêmes principes que les salariés pour le cumul intégral. En cumul plafonné, le plafond de revenus d'activité n'est toutefois pas calculé de la même façon que pour les salariés : il est exprimé en fraction du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Pour les indépendants relevant de la Cnav (artisans et commerçants), le total des pensions de retraite et des revenus d'activité ne doit pas dépasser 50 % du PASS, soit 24 030 € en 2026 (le PASS 2026 étant fixé à 48 060 €). Ce plafond est relevé à 100 % du PASS, soit 48 060 € en 2026, lorsque l'activité est exercée dans une zone France ruralités revitalisation (ex zone de revitalisation rurale) ou dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (sources : lassuranceretraite.fr et entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F36611). En cas de dépassement du plafond, le versement de la pension est suspendu.
Les micro-entrepreneurs peuvent reprendre ou poursuivre une activité en cumul, dans les mêmes conditions de plafond. Les professionnels libéraux relevant de la CNAVPL doivent, pour le cumul intégral, avoir liquidé à la fois leur régime de base et leur régime complémentaire CNAVPL. Pour replacer le cumul dans l'ensemble de la préparation d'un départ d'indépendant, consultez notre guide retraite des dirigeants TNS.
Fonctionnaires
Pour un fonctionnaire qui reprend une activité dans le secteur privé, ce sont les règles de cumul du régime privé qui s'appliquent à cette activité. En revanche, lorsqu'un retraité de la fonction publique reprend une activité auprès d'un employeur public, un plafond spécifique de revenus s'applique en l'absence des conditions du cumul intégral. D'après retraitesdeletat.gouv.fr, le revenu brut d'activité ne doit alors pas dépasser le tiers du montant brut annuel de la pension, majoré d'un montant fixe de 8 198,04 € au 1er janvier 2026, soit un plafond de (pension brute annuelle / 3) + 8 198,04 €. En cas de dépassement, l'excédent est déduit intégralement de la pension ; si cet excédent est supérieur au montant de la pension, le versement est suspendu en totalité.
Comme dans le régime général, le fonctionnaire qui remplit les conditions du cumul intégral (taux plein, âge légal, liquidation de toutes ses pensions) échappe à tout plafond. Le guide retraite des fonctionnaires détaille les spécificités du calcul de la pension dans la fonction publique.
Démarches et déclarations
Informer sa caisse de retraite
Avant toute reprise d'activité, le retraité doit informer sa caisse de retraite de base (CNAV, CARSAT, MSA) et sa caisse complémentaire (Agirc-Arrco, Ircantec) de la reprise d'activité. Cette déclaration est obligatoire et doit préciser la nature de l'activité, le nom de l'employeur, la date de début et la rémunération prévue.
Déclaration de revenus
Les revenus d'activité perçus en cumul emploi-retraite doivent être déclarés chaque année à la caisse de retraite. Cette déclaration permet le contrôle du plafond en cas de cumul plafonné. En cumul intégral, la déclaration reste obligatoire pour le suivi des nouveaux droits.
Bulletins de paie et cotisations
L'employeur prélève normalement les cotisations sociales (maladie, vieillesse, chômage, CSG-CRDS) sur la rémunération du retraité en cumul. Le retraité est assujetti aux mêmes charges qu'un salarié ordinaire. La différence réside dans le fait que ces cotisations génèrent (ou non, selon le type de cumul) de nouveaux droits.
Impact fiscal
Imposition des revenus cumulés
Les revenus d'activité perçus en cumul emploi-retraite s'ajoutent aux pensions de retraite pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Le total (pension + salaire) est soumis au barème progressif de l'impôt. En pratique, cela signifie que le retraité en cumul peut changer de tranche d'imposition.
Prélèvement à la source
Le prélèvement à la source s'applique à la fois sur la pension (collectée par la caisse de retraite) et sur le salaire (collecté par l'employeur). Le taux de prélèvement est calculé sur la base du revenu global. Il est recommandé de mettre à jour son taux de prélèvement sur impots.gouv.fr dès la reprise d'activité pour éviter une régularisation importante l'année suivante.
CSG et cotisations sociales
La pension de retraite reste soumise à la CSG au taux applicable selon le revenu fiscal de référence. Les revenus d'activité sont soumis aux cotisations sociales classiques. Le cumul des deux peut entraîner un dépassement du seuil de revenus pour le taux réduit de CSG sur la pension, ce qui augmente la CSG deux ans plus tard (le taux de CSG étant calculé sur le revenu fiscal de référence de l'année N-2).
Interaction avec la surcote et la décote
Le cumul emploi-retraite est distinct de la surcote. La surcote s'acquiert en continuant à travailler avant la liquidation de la pension (au-delà du taux plein). Le cumul emploi-retraite intervient après la liquidation. Les deux dispositifs ne sont pas cumulables sur la même période, mais un assuré peut avoir bénéficié d'une surcote puis reprendre une activité en cumul.
Questions fréquentes
Le cumul emploi-retraite est-il compatible avec le chômage ?
Non. Une fois la pension liquidée, l'assuré en cumul emploi-retraite qui perd son activité (licenciement, fin de contrat) ne peut pas percevoir d'allocations chômage : la retraite et l'assurance chômage ne sont pas cumulables. Il continue en revanche de cotiser à l'assurance chômage sur ses revenus d'activité, sans ouvrir de nouveaux droits à ce titre.
Quelle différence entre le cumul emploi-retraite et la retraite progressive ?
Les deux dispositifs sont souvent confondus mais ne s'appliquent pas au même moment. La retraite progressive permet de réduire son temps de travail avant la liquidation définitive de la pension, en touchant une fraction de celle-ci tout en continuant à cotiser normalement. Le cumul emploi-retraite intervient après la liquidation complète de la pension : il n'impose pas de réduction du temps de travail, mais les nouvelles cotisations ne génèrent de droits que dans les conditions du cumul intégral décrites plus haut.
Conclusion
Le cumul emploi-retraite est devenu un dispositif plus attractif depuis la réforme 2023, grâce à la création de nouveaux droits à pension. Pour en tirer le meilleur parti, il faut vérifier que les conditions du cumul intégral sont bien remplies (taux plein, âge légal, liquidation totale) et anticiper l'impact fiscal du cumul de revenus.
Avant de reprendre une activité en cumul, il est essentiel de connaître précisément votre situation : avez-vous le taux plein ? Toutes vos pensions sont-elles liquidées ? Quel sera l'impact sur votre imposition ? L'outil d'audit gratuit Carriva analyse votre relevé de carrière et vous indique si vous remplissez les conditions du cumul intégral, le montant potentiel des nouveaux droits et les démarches à entreprendre.
