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Guide

Retraite des fonctionnaires : guide par catégorie

SRE, CNRACL, RAFP, catégories actives et sédentaires : le guide complet de la retraite dans la fonction publique d'État, territoriale et hospitalière.

11 min de lectureMis à jour le 10 mars 2026

Sur cette page

Introduction

La retraite des fonctionnaires obéit à des règles distinctes de celles du secteur privé. Là où un salarié relève du régime général (CNAV) et de la complémentaire Agirc-Arrco, un fonctionnaire titulaire relève d'un régime spécial de la fonction publique, complété par la RAFP pour la part variable de sa rémunération.

La France compte trois fonctions publiques :

  • La fonction publique d'État (FPE) : enseignants, magistrats, agents des ministères, diplomates, douaniers, etc.
  • La fonction publique territoriale (FPT) : agents des communes, départements, régions, intercommunalités.
  • La fonction publique hospitalière (FPH) : personnels des hôpitaux publics, des EHPAD publics, des établissements médico-sociaux.

Chacune relève d'un régime de retraite principal différent, avec des règles partiellement communes et des spécificités propres. Ce guide transversal couvre l'ensemble des régimes, catégories et mécanismes pour vous donner une vision complète de la retraite dans la fonction publique.

Les régimes de la fonction publique

SRE : Service des Retraites de l'État

Le SRE gère la retraite des fonctionnaires titulaires de l'État. Il s'agit d'un régime spécial, intégré au budget de l'État (les pensions sont payées directement par le Trésor public, sans caisse autonome). Le SRE couvre les enseignants du public (professeurs des écoles, certifiés, agrégés), les magistrats, les agents des ministères, les policiers et gendarmes, les militaires (via le code des pensions militaires), ainsi que les agents des établissements publics administratifs de l'État.

Le SRE est le plus ancien régime de retraite français. Ses règles sont codifiées dans le Code des pensions civiles et militaires de retraite (CPCMR), un texte distinct du Code de la Sécurité sociale.

CNRACL : Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales

La CNRACL est le régime de retraite des fonctionnaires titulaires de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière. Contrairement au SRE, la CNRACL est une véritable caisse autonome, gérée par la Caisse des Dépôts et Consignations. Elle couvre les agents titulaires des communes, départements, régions et intercommunalités (fonctionnaires territoriaux), ainsi que les agents hospitaliers titulaires des hôpitaux publics et établissements médico-sociaux publics. Les pompiers professionnels titulaires relèvent également de la CNRACL.

Les règles de calcul de la pension CNRACL sont très proches de celles du SRE, avec quelques différences mineures sur les bonifications et les droits spécifiques à certaines catégories.

RAFP : Retraite Additionnelle de la Fonction Publique

La RAFP est un régime obligatoire par points, créé en 2005, qui couvre l'ensemble des fonctionnaires titulaires des trois fonctions publiques. Son rôle est de compléter la pension principale (SRE ou CNRACL) en prenant en compte la part variable de la rémunération : primes, indemnités, heures supplémentaires, nouvelle bonification indiciaire (NBI) et tout élément de rémunération non intégré dans le traitement indiciaire brut.

Les cotisations RAFP sont calculées sur ces éléments de rémunération, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire brut annuel. Le taux de cotisation global est de 10 % (5 % part salariale + 5 % part employeur). Les droits acquis sont exprimés en points et liquidés sous forme de rente viagère (si le nombre de points dépasse un seuil) ou de capital (versement unique si le nombre de points est faible).

La RAFP est souvent sous-estimée par les fonctionnaires, mais elle peut représenter un complément significatif pour les agents bénéficiant de primes importantes (policiers, hospitaliers de nuit, agents de catégorie A avec régime indemnitaire élevé).

Ircantec : agents contractuels

L'Ircantec (Institution de Retraite Complémentaire des Agents Non Titulaires de l'État et des Collectivités publiques) est le régime complémentaire des agents contractuels de la fonction publique. Les contractuels, n'étant pas titulaires, relèvent du régime général (CNAV) pour leur retraite de base et de l'Ircantec pour la complémentaire. Ils ne sont donc pas couverts par le SRE ni la CNRACL.

L'Ircantec est un régime par points, similaire dans son principe à l'Agirc-Arrco du privé, mais avec ses propres valeurs de point et ses propres taux de cotisation. Il concerne un nombre croissant d'agents, la part des contractuels dans la fonction publique ayant sensiblement augmenté au cours des vingt dernières années.

Catégories actives vs sédentaires

La distinction entre catégorie active et catégorie sédentaire est fondamentale dans la fonction publique. Elle détermine l'âge de départ à la retraite et la durée minimale de services.

Catégorie sédentaire

La grande majorité des fonctionnaires relèvent de la catégorie sédentaire. L'âge légal de départ est le même que dans le privé : 64 ans pour les générations nées à partir de 1969 (réforme de 2023, calendrier décalé d'une génération par la LFSS 2026). La durée d'assurance requise pour le taux plein atteint 172 trimestres (43 ans) à partir de la génération 1966.

Catégorie active

Certains emplois, en raison de leur pénibilité ou de leur dangerosité, sont classés en catégorie active. Les fonctionnaires relevant de cette catégorie bénéficient d'un âge de départ anticipé, sous réserve d'avoir accompli une durée minimale de services en catégorie active.

Les principaux emplois en catégorie active sont :

  • Policiers et gardiens de la paix : départ possible à 52 ans (relevé progressivement à 54 ans, réforme 2023), après 27 ans de services actifs.
  • Pompiers professionnels : départ possible à 57 ans (après 17 ans de services en catégorie active).
  • Militaires : règles spécifiques selon le grade et le corps (départ possible dès 17 ans de services pour certains sous-officiers).
  • Infirmiers et personnels paramédicaux hospitaliers : classement en catégorie active sous certaines conditions, avec un départ possible à 57 ans (porté progressivement à 59 ans) en catégorie active ou à 62 ans (porté à 64 ans) en catégorie sédentaire selon le corps.
  • Surveillants pénitentiaires : catégorie active, départ anticipé.
  • Agents de douane (branche surveillance) : catégorie active.
  • Égoutiers des réseaux souterrains de la fonction publique territoriale (et identificateurs de l'institut médico-légal) : catégorie insalubre (départ dès 50 ans, relevé progressivement selon la génération).

Le départ anticipé super-actif

Certains emplois bénéficient d'un départ encore plus précoce. Les contrôleurs aériens, par exemple, peuvent partir dès 52 ans sous certaines conditions. Les policiers du corps d'encadrement et d'application bénéficient de bonifications qui avancent leur âge effectif de départ.

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Le calcul de la pension

La formule de base

La pension de retraite d'un fonctionnaire se calcule selon la formule suivante :

Pension = Traitement indiciaire brut des 6 derniers mois x 75 % x (Durée de services / Durée requise)

Les trois composantes clés sont :

  • Le traitement indiciaire brut : il s'agit du traitement correspondant à l'indice détenu pendant les 6 derniers mois d'activité (et non les 25 meilleures années comme dans le privé). C'est l'indice majoré multiplié par la valeur du point d'indice de la fonction publique.
  • Le taux de liquidation maximal : il est de 75 % du traitement indiciaire. Ce taux est atteint si le fonctionnaire a accompli la durée de services requise.
  • Le coefficient de proratisation : rapport entre la durée de services effectifs (et bonifications) et la durée requise pour la génération concernée.

Exemple de calcul

Un fonctionnaire d'État né en 1968, partant à 64 ans en 2032, avec un indice majoré correspondant à un traitement brut de 3 200 euros/mois sur ses 6 derniers mois, et ayant accompli 168 trimestres de services sur les 172 requis :

  • Pension brute = 3 200 x 75 % x (168 / 172) = 3 200 x 0,75 x 0,9767 = 2 344,09 euros/mois.

Si ce fonctionnaire n'a que 168 trimestres au lieu de 172, une décote s'applique en plus de la proratisation, ce qui réduit davantage la pension. La décote est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres.

Le minimum garanti

Les fonctionnaires bénéficient d'un minimum garanti (l'équivalent du minimum contributif du privé). Il garantit un plancher de pension aux fonctionnaires ayant accompli une carrière complète sur des indices faibles. Le minimum garanti est calculé sur la base de l'indice majoré 227 exprimé en euros et revalorisé chaque année comme les pensions (sur l'inflation), et non plus indexé sur la valeur du point d'indice depuis la réforme de 2003 ; son montant est ensuite modulé selon le nombre d'années de services.

Bonifications et majorations

Bonification pour enfants

Les fonctionnaires ayant eu des enfants avant le 1er janvier 2004 bénéficient d'une bonification d'un an par enfant (4 trimestres), sous certaines conditions (interruption d'activité ou réduction de temps de travail pour élever l'enfant). Cette bonification s'ajoute à la durée de services dans le calcul de la pension.

Pour les enfants nés après le 1er janvier 2004, la bonification d'un an n'existe plus pour les fonctionnaires. Ils bénéficient en revanche d'une majoration de durée d'assurance de 2 trimestres par enfant né à partir du 1er janvier 2004, réservée aux femmes fonctionnaires ayant accouché après leur recrutement (art. L12 bis du CPCMR).

La majoration de pension de 10 % pour les parents de trois enfants ou plus s'applique également aux fonctionnaires, comme dans le privé.

Bonifications pour services outre-mer

Les fonctionnaires ayant servi dans les collectivités d'outre-mer, en Nouvelle-Calédonie ou à l'étranger dans certaines conditions bénéficient de bonifications de dépaysement (appelées "tiers" ou "quart" selon les territoires). Ces bonifications augmentent la durée de services retenue pour le calcul de la pension. Par exemple, un an de service dans un territoire classé peut compter pour un an et quatre mois (bonification d'un tiers).

Bonifications de campagne militaire

Les militaires bénéficient de bonifications de campagne pour les périodes passées en opérations extérieures (OPEX) ou en temps de guerre. Ces bonifications, qui peuvent être de demi-campagne (un demi-trimestre par trimestre), de campagne simple (un trimestre par trimestre) ou de campagne double (deux trimestres par trimestre), augmentent la durée de services et peuvent significativement avancer l'âge de départ et majorer la pension.

La NBI et son impact

La Nouvelle Bonification Indiciaire (NBI) est un supplément de points d'indice attribué pour l'exercice de certaines fonctions. Elle n'entre pas dans le calcul de la pension principale (SRE ou CNRACL) mais génère un supplément de pension spécifique, calculé séparément, proportionnel au nombre d'années pendant lesquelles la NBI a été perçue.

Les anomalies fréquentes

Le relevé de carrière des fonctionnaires comporte régulièrement des erreurs. Certaines sont systématiques et doivent être vérifiées attentivement.

Oubli de services détachés

Les fonctionnaires ayant été détachés auprès d'un autre organisme (détachement dans une autre administration, dans un établissement public, auprès d'une organisation internationale) constatent fréquemment que la période de détachement n'est pas correctement reportée sur leur relevé. Le régime d'origine (SRE ou CNRACL) peut ne pas avoir reçu l'information, ou l'organisme d'accueil peut ne pas avoir versé les cotisations correspondantes.

Bonifications non inscrites

Les bonifications pour enfants (pré-2004), les bonifications de dépaysement et les bonifications de campagne sont régulièrement absentes ou incomplètes sur les relevés. Ces oublis ont un impact direct sur la durée de services retenue et donc sur le montant de la pension.

RAFP manquant

La RAFP, alimentée par les primes et indemnités, est souvent le parent pauvre des vérifications. Des années entières de cotisations RAFP peuvent manquer si l'employeur n'a pas correctement déclaré la part variable de la rémunération. Ce problème est particulièrement fréquent chez les agents hospitaliers (primes de nuit, de dimanche, de service) et chez les policiers (indemnités de sujétion spéciale).

Erreurs d'indice

L'indice retenu pour le calcul de la pension est celui des 6 derniers mois. Toute erreur sur l'indice majoré détenu en fin de carrière a un impact proportionnel direct sur le montant de la pension. Des erreurs de saisie, des avancements non pris en compte ou des reclassements indiciaires oubliés sont signalés régulièrement.

Périodes de temps partiel mal comptabilisées

Le temps partiel est pris en compte au prorata pour la durée de services (sauf le temps partiel de droit pour élever un enfant, qui peut être comptabilisé à taux plein sous conditions). Des erreurs de calcul dans la quotité de temps partiel, en particulier pour les agents ayant alterné temps plein et temps partiel sur de longues périodes, sont fréquentes.

Les contractuels devenus titulaires

Les agents contractuels titularisés voient leur carrière scindée entre deux régimes : régime général + Ircantec pour la période contractuelle, et SRE ou CNRACL pour la période de titulaire. La jonction entre les deux périodes est une source majeure d'anomalies : trimestres comptés en double, trimestres manquants ou droits Ircantec non liquidés.

Conclusion : vérifiez votre relevé

La retraite des fonctionnaires repose sur des règles précises mais complexes, avec des spécificités propres à chaque fonction publique, chaque catégorie et chaque corps. La pension se calcule sur les 6 derniers mois de traitement indiciaire et non sur les 25 meilleures années, ce qui rend l'indice de fin de carrière déterminant.

Les anomalies sur les relevés de carrière des fonctionnaires sont fréquentes et souvent sous-détectées. Un trimestre de bonification oublié, une période de détachement non reportée ou des cotisations RAFP manquantes peuvent coûter plusieurs dizaines d'euros de pension mensuelle.

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