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La réforme 2023 a-t-elle modifié votre date de départ prévue ?
Rappel des changements clés
La loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, promulguée le 14 avril 2023, a introduit la réforme des retraites la plus significative depuis 2010. Trois ans après son entrée en vigueur, ses effets sont désormais concrets pour tous les actifs et futurs retraités.
Les modifications portent sur trois paramètres fondamentaux du système de retraite français :
- L'âge légal de départ : relèvement progressif de 62 à 64 ans.
- La durée de cotisation : accélération du calendrier pour atteindre 172 trimestres (43 annuités).
- Le dispositif carrière longue : refonte des bornes d'accès au départ anticipé.
Ces changements modifient directement la lecture de votre relevé de carrière et le calcul de vos droits. Un relevé qui semblait « en ordre » avant la réforme peut révéler de nouvelles insuffisances avec les nouveaux paramètres. C'est pourquoi un audit actualisé est désormais indispensable.
Mise à jour importante (LFSS 2026) : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025, a décalé d'une génération le calendrier de la réforme 2023 pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Les tableaux ci-dessous reprennent le calendrier officiel fixé par les décrets n° 2026-344 et 2026-345 du 7 mai 2026 (JO du 8 mai 2026).
Nouvel âge légal : le relèvement progressif vers 64 ans
L'âge légal de départ à la retraite, c'est-à-dire l'âge minimum auquel vous pouvez liquider votre pension de base (hors dispositifs dérogatoires), est passé de 62 à 64 ans. Ce relèvement ne s'est pas fait du jour au lendemain : il est progressif, à raison de 3 mois par génération.
Calendrier du relèvement par génération (applicable à compter du 1er septembre 2026, après suspension LFSS 2026) :
| Génération | Âge légal | Durée d'assurance requise |
|---|---|---|
| Avant le 1er septembre 1961 | 62 ans | 166 à 168 trimestres selon la génération |
| Sept. 1961 -- Déc. 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 trimestres |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 trimestres |
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1965 (janv. -- mars) | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1965 (avril -- déc.) | 63 ans | 171 trimestres |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 trimestres |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| 1969 et après | 64 ans | 172 trimestres |
Ce que cela change concrètement : si vous êtes né en 1964 et que votre pension prend effet à compter du 1er septembre 2026, vous ne pourrez pas partir avant 62 ans et 9 mois, même si vous avez le nombre de trimestres requis pour le taux plein. Avant la réforme, vous auriez pu partir à 62 ans. Ce sont 9 mois de travail supplémentaire (ou 9 mois de pension en moins sur la durée totale de votre retraite, selon la perspective).
Impact sur le relevé de carrière : le relevé lui-même ne change pas de format. Mais sa lecture change. Le nombre de trimestres nécessaires pour partir au taux plein à votre âge légal n'est plus le même. Si votre relevé indiquait 166 trimestres validés et que vous êtes né en 1964, vous n'êtes plus à 2 trimestres du taux plein (comme c'était le cas avec 168 trimestres requis avant la réforme) mais à 4 trimestres (avec 170 trimestres désormais requis pour votre génération après suspension LFSS 2026). Cette différence change radicalement votre stratégie.
Durée de cotisation : l'accélération vers 172 trimestres
La réforme de 2023 n'a pas inventé l'allongement de la durée de cotisation : la loi Touraine de 2014 prévoyait déjà un passage progressif à 172 trimestres (43 annuités), mais avec un calendrier beaucoup plus lent. La réforme de 2023 a accéléré ce calendrier.
Avant la réforme (calendrier Touraine) : les 172 trimestres n'étaient requis qu'à partir de la génération 1973.
Après la réforme 2023, puis suspension LFSS 2026 : le calendrier a été accéléré, puis décalé d'une génération. Les 172 trimestres sont désormais requis à partir de la génération 1966 (au lieu de 1965 dans le calendrier initial de la réforme 2023).
Tableau de la durée requise par génération :
| Génération | Trimestres requis (avant réforme, calendrier Touraine) | Trimestres requis (réforme 2023, avant suspension) | Trimestres requis (après suspension LFSS 2026) |
|---|---|---|---|
| 1960 | 167 | 167 | 167 |
| 1961 (sept.--déc.) | 168 | 169 | 169 |
| 1962 | 168 | 169 | 169 |
| 1963 | 168 | 170 | 170 |
| 1964 | 169 | 171 | 170 |
| 1965 | 169 | 172 | 170 ou 171 (selon le trimestre de naissance) |
| 1966 | 169 | 172 | 172 |
| 1967 | 170 | 172 | 172 |
| 1968 | 170 | 172 | 172 |
| 1969 et après | 170-172 | 172 | 172 |
L'impact concret : pour la génération 1965, la réforme initiale ajoutait 3 trimestres requis (de 169 à 172) ; avec la suspension LFSS 2026, l'exigence est ramenée à 170 trimestres (nés de janvier à mars) ou 171 trimestres (nés d'avril à décembre). Cela signifie que des assurés doivent recalculer leur nombre de trimestres manquants. Ceux qui prévoyaient de partir sans décote doivent vérifier. Ceux qui envisageaient un rachat de trimestres doivent revoir le nombre de trimestres à racheter.
Sur le relevé de carrière : le nombre total de trimestres validés n'a pas changé. C'est la cible qui a bougé. Un relevé qui affichait un nombre de trimestres « suffisant » peut désormais révéler un déficit. D'où l'importance de faire vérifier son relevé avec les paramètres à jour.
Carrière longue : les nouvelles bornes
Le dispositif carrière longue permet un départ anticipé à la retraite pour les assurés ayant commencé à travailler tôt. La réforme de 2023 a profondément modifié ce dispositif.
Avant la réforme : deux bornes existaient. Les assurés ayant commencé à travailler avant 16 ans pouvaient partir dès 58 ans, et ceux ayant commencé avant 20 ans dès 60 ans, sous réserve d'une durée de cotisation longue.
Après la réforme : quatre bornes d'âge ont été créées :
- Début d'activité avant 16 ans : départ possible à 58 ans.
- Début d'activité avant 18 ans : départ possible à 60 ans.
- Début d'activité avant 20 ans : départ possible à 62 ans.
- Début d'activité avant 21 ans : départ possible à 63 ans.
Pour chaque borne, une condition de durée cotisée spécifique s'applique. Il faut justifier d'un certain nombre de trimestres cotisés (et non simplement validés, la distinction est importante). Les trimestres assimilés sont pris en compte au titre des trimestres réputés cotisés, avec des plafonds par catégorie (décret n° 2023-436 du 3 juin 2023, circulaire CNAV 2023-14 du 10 juillet 2023) : 4 trimestres de chômage indemnisé, 4 trimestres au total pour la maladie et les AT/MP, 2 trimestres d'invalidité, la maternité sans plafond, 4 trimestres d'AVPF, 4 trimestres d'AVA (aidants) et 4 trimestres de service national. Ces plafonds se cumulent (voir le guide carrière longue).
Ce que cela change sur votre relevé : la distinction entre trimestres cotisés et trimestres validés (qui incluent les trimestres assimilés) devient cruciale. Votre relevé indique les deux, mais il faut savoir les lire correctement. Un assuré qui comptait sur ses trimestres de chômage pour atteindre la durée requise peut découvrir qu'ils ne sont pas tous comptabilisés pour la carrière longue.
La condition de début d'activité : pour bénéficier du dispositif, il faut justifier de 5 trimestres cotisés avant la fin de l'année civile de votre 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire (4 trimestres si vous êtes né au dernier trimestre de l'année). Cela se vérifie directement sur le relevé de carrière, en regardant les premières lignes. Un seul trimestre manquant sur cette période peut fermer l'accès au dispositif.
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Impact sur le RIS : ce qui change concrètement à la lecture
Le relevé individuel de situation (RIS) que vous recevez de vos caisses de retraite n'a pas été modifié dans son format par la réforme. Les données qu'il contient (années, régimes, trimestres, revenus, points) sont les mêmes. En revanche, la grille de lecture a changé.
Les paramètres à recalculer :
- Âge de départ au taux plein : il dépend désormais du nouvel âge légal et de la nouvelle durée de cotisation. Pour de nombreux assurés, il a reculé de plusieurs mois à 2 ans.
- Nombre de trimestres restant à cotiser : avec le relèvement de la durée requise, le « compteur » de trimestres restants augmente pour les générations concernées.
- Éligibilité carrière longue : les nouvelles bornes modifient les conditions d'accès. Un assuré éligible avant la réforme peut ne plus l'être, ou inversement bénéficier d'une borne plus favorable.
- Montant estimé de la pension : l'estimation fournie par le simulateur officiel (info-retraite.fr) a été mise à jour, mais les RIS reçus avant la réforme indiquent des estimations caduques.
Attention aux RIS anciens : si votre dernier RIS date d'avant septembre 2023, les estimations de date de départ et de montant de pension qu'il contient ne sont plus valables. Il est impératif de demander un RIS actualisé ou de faire vérifier votre relevé avec les nouveaux paramètres.
Décote et surcote post-réforme
Le mécanisme de décote et de surcote n'a pas été modifié dans son principe, mais la réforme impacte indirectement son application.
La décote : elle s'applique si vous partez avant d'avoir atteint le taux plein (soit par l'âge, soit par la durée). Le taux de décote est de 1,25 % par trimestre manquant (soit 0,625 point de taux en moins sur la base 50 %, le taux de liquidation passe alors de 50 % à un taux réduit). Le nombre maximum de trimestres de décote reste de 20, soit une décote maximale de 25 % (taux de liquidation ramené à 37,5 % au lieu de 50 %).
Ce qui change : comme l'âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans mais que l'âge légal progresse vers 64 ans et que la durée requise augmente, le risque de subir une décote s'accroît pour les assurés qui n'ont pas une carrière complète. Un assuré né en 1966, partant à 63 ans et 3 mois (âge légal après suspension LFSS 2026) avec 168 trimestres au lieu des 172 requis, subira une décote de 4 × 1,25 % = 5 % sur sa pension de base (taux de liquidation ramené à 47,5 %).
La surcote : elle s'applique si vous continuez à travailler au-delà de l'âge légal et de la durée requise pour le taux plein. Le taux de surcote reste de 1,25 % par trimestre supplémentaire. La réforme n'a pas modifié ce mécanisme.
L'impact indirect : en reculant l'âge légal, la réforme réduit mécaniquement la fenêtre de surcote pour les assurés qui prévoyaient de travailler jusqu'à un âge donné. Un assuré qui prévoyait de partir à 65 ans avec 2 ans de surcote (départ à 65 ans au lieu de 63 ans d'âge légal) n'aura plus qu'un an de surcote si son âge légal passe à 64 ans.
Taux plein automatique à 67 ans
Un paramètre essentiel n'a pas bougé : l'âge du taux plein automatique reste fixé à 67 ans. Tout assuré qui atteint 67 ans obtient le taux de liquidation de 50 % (régime général) sans condition de durée d'assurance. Ce filet de sécurité, prévu à l'article L351-8 du Code de la Sécurité sociale, est particulièrement important pour les carrières incomplètes, tardives ou heurtées.
Attention : le taux plein automatique supprime la décote, mais n'empêche pas la proratisation. Si vous atteignez 67 ans avec 145 trimestres sur 172 requis, votre pension sera calculée à 50 % (pas de décote) mais proratisée à 145/172e de la pension théorique complète.
Surcote parentale
La réforme a introduit une surcote parentale en faveur des parents. Les assurés ayant eu ou élevé des enfants et réunissant les conditions du taux plein à 63 ans bénéficient d'une majoration de 1,25 % par trimestre cotisé entre 63 ans et leur âge légal de départ, dans la limite de 5 %.
Ce mécanisme vise à compenser le recul de l'âge légal pour les parents qui, avant la réforme, auraient pu partir à 62 ans au taux plein. La surcote parentale se cumule avec la surcote classique : un parent qui continue de travailler au-delà de son âge légal peut bénéficier des deux majorations successivement.
Minimum contributif relevé
La réforme a relevé le minimum contributif (MiCo), c'est-à-dire le montant plancher de la pension de base pour les assurés ayant cotisé toute leur carrière à de faibles revenus. Initialement relevé à environ 848 euros brut par mois en septembre 2023, le MiCo majoré a été revalorisé chaque 1er janvier. Au 1er janvier 2026, il atteint 903,93 euros par mois pour une carrière complète (circulaire CNAV 2025-33). L'objectif affiché reste que la pension totale (base + complémentaire) d'un assuré ayant une carrière complète au SMIC ne descende pas sous 85 % du SMIC net.
Ce relèvement bénéficie principalement aux carrières longues à faible salaire et constitue l'un des rares éléments de la réforme qui améliore directement la situation de certains assurés.
Cumul emploi-retraite cotisant
Depuis le 1er septembre 2023, le cumul emploi-retraite génère désormais de nouveaux droits à pension. Auparavant, un retraité qui reprenait une activité salariée cotisait sans acquérir de droits supplémentaires. La réforme a créé l'article L161-22-1-1 du Code de la Sécurité sociale (loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, art. 26) : les cotisations versées dans le cadre d'un cumul emploi-retraite intégral (après liquidation de toutes les pensions) ouvrent droit à une seconde pension, liquidée au moment de la cessation définitive d'activité.
Cette seconde pension est calculée selon les règles du régime général, avec un plafond fixé à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit environ 2 403 euros par an (environ 200 euros par mois) sur la base du PASS 2026 (48 060 euros). C'est un changement important pour les retraités qui souhaitent compléter leur pension par une activité salariée.
Ce qui n'a pas changé
La réforme de 2023 a modifié des paramètres majeurs, mais de nombreux éléments du système de retraite restent inchangés. Il est important de les identifier pour ne pas surinterpréter les changements.
La pension de réversion : les conditions d'accès (âge, ressources) et le taux (54 % pour le régime général) de la pension de réversion n'ont pas été modifiés par la réforme de 2023. Les discussions sur une éventuelle réforme de la réversion ont été reportées.
Le calcul de la pension de base : la formule reste inchangée (salaire annuel moyen des 25 meilleures années x taux x durée d'assurance / durée de référence). Les règles de calcul du salaire annuel moyen, la revalorisation des salaires portés au compte, et le mécanisme de proratisation n'ont pas été modifiés.
Le régime complémentaire Agirc-Arrco : la réforme de 2023 ne concerne pas directement le régime complémentaire, qui a ses propres règles de gouvernance. Toutefois, le système de bonus-malus Agirc-Arrco (coefficient de solidarité temporaire de 10 % pendant 3 ans pour les assurés partant au taux plein dès l'âge légal) a été supprimé par l'ANI du 5 octobre 2023 et la décision du conseil d'administration, avec effet au 1er décembre 2023 pour les nouveaux liquidants. C'est une bonne nouvelle pour les assurés concernés.
L'âge d'annulation de la décote : comme détaillé plus haut, il reste fixé à 67 ans pour le régime général.
Conseils pratiques
Face à ces changements, voici les actions concrètes à entreprendre pour protéger vos droits :
Demandez un RIS actualisé : si votre dernier relevé date d'avant la réforme, connectez-vous sur info-retraite.fr pour obtenir une version à jour. Les estimations de pension et de date de départ seront recalculées avec les nouveaux paramètres.
Vérifiez chaque trimestre : la réforme rend chaque trimestre encore plus précieux. Avec 172 trimestres requis au lieu de 167 ou 168, un trimestre manquant a proportionnellement plus d'impact. Vérifiez que toutes vos périodes d'activité, de chômage, de maladie et de service militaire sont correctement enregistrées.
Recalculez votre âge de départ : utilisez le tableau par génération pour déterminer votre nouvel âge légal. Puis comparez avec votre nombre de trimestres acquis pour évaluer si vous partirez au taux plein ou avec une décote.
Évaluez l'option carrière longue : si vous avez commencé à travailler tôt (avant 16, 18, 20 ou 21 ans), vérifiez votre éligibilité aux nouvelles bornes. Les conditions ont changé et peuvent jouer en votre faveur ou en votre défaveur selon votre situation.
Reconsidérez le rachat de trimestres : avec le relèvement de la durée de cotisation, le rachat de trimestres peut devenir plus pertinent pour certains assurés. Le coût du rachat doit être mis en balance avec le gain de pension sur la durée. Un trimestre racheté qui évite une décote de 1,25 % peut se rentabiliser en quelques années de retraite.
Anticipez : n'attendez pas l'année de votre départ pour faire le point. Idéalement, un premier audit devrait être réalisé 5 à 10 ans avant l'âge légal, le temps de lancer les régularisations nécessaires (certaines démarches auprès des caisses prennent plusieurs mois, voire plusieurs années).
Faites-vous accompagner : la complexité des règles, les interactions entre réforme et situations individuelles, et l'enjeu financier justifient le recours à un professionnel du conseil retraite ou, a minima, à un outil d'audit fiable qui applique les paramètres à jour.
Conclusion
La réforme des retraites de 2023 a modifié en profondeur les paramètres de calcul de vos droits. L'âge légal, la durée de cotisation et les conditions de carrière longue ne sont plus les mêmes. Ces changements ont un impact direct sur la lecture de votre relevé de carrière et sur votre stratégie de départ.
Trois ans après l'entrée en vigueur de la réforme, il est temps de faire le point. Votre relevé est-il à jour ? Vos trimestres sont-ils tous comptabilisés ? Votre date de départ optimale a-t-elle changé ? Les réponses à ces questions conditionnent potentiellement des dizaines de milliers d'euros de pension sur la durée de votre retraite.
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